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Ibid

218 L^IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVllI' SIÈCLE

V. Tel est, en sa substance et en ses dispositions générales, ce gros ouvrage qu'alourdissent les redites, inconvénients inévitables d'un plan en partie double, mais auquel ne manquent ni l'abondance des vues, ni la fertilité dialectique, ni l'élévation, ni Téloquence. L'abrégé que l'on vient d'en lire ne permet pas, ce nous semble, d'en méconnaître un instant l'inspirateur. A chaque chapitre Malebranche est présent, soit que l'écrivain anglais le suive à la trace, soit qu'il ne s'écarte de son guide que pour le rejoindre après un détour. Enumérer tous les points de doctrine où l'énoncé du disciple coïncide avec la formule du maître serait recommencer l'analyse qui précède et résumer un résumé. La description et l'évaluation de nos deux facultés mentales essentielles, volition et perception, l'une et l'autre conçues comme deux dépendances de l'entendement; la distinction de l'idée et du sentiment; l'invisibilité de l'âme pour elle-même ; la cognoscibilité de Dieu en Dieu seul et sans intermédiaire idéal; cet absolu rationalisme qui s'assujettirait, si possible, la foi elle-même ; la subordination complète de l'individuel à l'universel et à l'abstrait; enfin la démonstration de la vision en Dieu par voie exhaustive, toutes les autres solutions s'étant trouvées en défaut : ce sont là, pour ne relever que les points plus remarquables, comme autant d'articles empruntés au credo de Malebranche. Norris va où va le maître, en ralentissant parfois le pas, parfois aussi en le hâtant. On dirait, en effet, qu'au moins par l'expression il distance son guide, dans sa théorie du parallélisme entre les actions de l'âme et les événements du corps. La proposition fondamentale de la psycho-physiologie est formulée par VEssaî sans restrictions, sans ambages. Rencontrant la division

instituée par saint Augustin entre les choses connues des sens et celles que l'esprit perçoit par lui-même, Norris examine comment il faut interpréter cette expression : par lui-même. Lui fait-on signifier : sans nulle assistance du corps, « je me demande, déclare-t-il, si l'âme, tant » qu'elle est unie au corps, agit jamais indépendamment » de lui, môme en ses plus pures et abstraites contem- » plations... Au contraire, que les esprits au moins, ou )) les plus fines et les plus actives parties du sang, soient » employés à toutes sortes de pensées, n'importe ce qu'est « l'objet, ce me semble très apparent. » <2uelques années plus tard, dans sa Lettre à Dodwell, Norris n'était pas moins explicite. Par le jeu des esprits et leur libre passage dans les fibres du cerveau, il y expliquait la naissance des habitudes môme intellectuelles. — Mais une telle théorie, allait-on sans doute lui opposer, impliquait l'union obligatoire de l'âme avec le corps! — Il acceptait l'objection : car, il ne concevait guère qu'il y eût pour l'âme en cette vie aucun « état séparé, » c'est-à-dire aucun état où elle se passât du concours du corps*. Point de pensée sans organes, eût dit un péripatéticien^. — En

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