M. Green, Introd. to Hume
Cette supposition est celle d'un esprit s'enrichissant luimême, tandis qu'il est encore nu et pauvre de tout avoir ! Ces fluctuations de doctrine, ces va-et-vient, ces brusques retours redoublent bien davantage encore, lorsque nous touchons au problème philosophique par excellence, à celui que, de tout temps, l'empirisme a le plus complaisamment agité, parce que ce système en suggère naturellement une toute simple solution. Passive ou non, subordonnée aux sens ou capable de leur imposer ses lois, quand la pensée perçoit et connaît, atteint-elle des choses qui lui soient extérieures ou ne fait-elle que subir le contrecoup de ses états propres? L'existence de quoi que ce soit hors de nous a-t-elle quelque fondement ? Nous n'estimons pas que l'on ait eu raison d'appeler cette difficulté « la croix de la philosophie empirique ' ». Les principes dont Tempirisme se réclame ne lui laissent point l'embarras de la réponse : une pensée dénuée de notions qui dépassent l'expérience de l'heure présente ne saurait inférer de ses perceptions autre chose sinon qu'elle a ces perceptions et rien ne l'autorise à leur faire signifier la présence d'êtres extérieurs. Ce serait se moquer de la logique de prétendre tirer de prémisses phénoménistes une conclusion agréée par le dogmatisme transcendantal.
Dans l'antiquité, les Cyrénaïques l'avaient bien compris, eux qui, si nous en jugeons par ce que Plutarque nous rapporte, préféraient torturer la langue et pousser le néologisme jusqu'à la démence, plutôt que de maintenir à leurs phrases quelque apparence d'objectivité. « Ils ne » disaient pas, rapporte l'historien moraliste : nous voyons