Essai de théorie, vol. I, chap. iv
246 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVill' SIÈCLE
matière est finalement écartée; Fautre, fort de Tesprit, aurait tiré argument de ces retards eux-mêmes et fait valoir tant d'aveux implicites^que la logique, en bien des endroits, arrache non seulement à Malebranclie, mais encore à Norris, en faveur de Tidéalisme.
IL Un problème du même ordre, mais bien plus enveloppé, mériterait d'exercer la sagacité de l'historien : Berkeley et Collier se connurent-ils et y eut-il de Tun d'eux à l'autre une influence directe? Sur l'un des termes de la difficulté, il n'y a pas lieu d'hésiter. L'idéalisme de Berkeley ne doit rien à celui de Collier ^ Lorsqu'en 1109 parut VEssai sur une nouvelle théorie de la Vision, Collier n'avait rien publié encore; il est même douteux que révêque de Cloyne connût son nom. En ce qui concerne l'auteur de la Clavis, la question de savoir s'il est débiteur envers le grand moniste irlandais ne peut être aussi simplement tranchée. Les dates n'opposent point à cette hypothèse un obstacle insurmontable, puisque VEssai sur la Vision et les Principes de la connaissance humaine avaient déjà paru, quand fut livré à l'impression le court chef-d'œuvre du recteur de Langford Magna. D'autre part, Collier connaissait de réputation Berkeley, dont le nom se trouve mentionné en deux lettres qu'il écrivit, l'une en 1714, l'autre en 1715, c'est-à-dire au lendemain de la Clavis. Mais cette considération extrinsèque ne pèse que d'un faible poids quand on la met en
1. Dans une leUre inédite à Percival, signalée par M. Fraser {Berkeley,
1884,) on trouve l'allusion suivante de Berkeley à Collier : • un
. prêtre du Wilt8hire qui a produit un livre où il avance quelque chose . que j'ai publié, il y a trois ans, dans mon traité sur la Connaissance » humaine. »
balance avec les arguments fournis par l'œuvre même de Collier à l'appui de leur entière indépendance. En premier lieu il faudrait admettre que, par trois fois, ce dernier eut voulu surprendre notre créance : dans llntroduction de son livre, il nous informe qu'il a agHé et mûri, pendant « dix années », une conception métaphysique qu'il veut faire connaître, de peur que le monde ne finit, dit-il, sou cours, sans avoir une fois cherché le comment de son existence » ; — dans la lettre qu'il adressa, en 1715, à Samuel Clarke et où il dit que «le livre de M. Berkeley sur „ le même sujet parut peu de temps avant le sien », termes qui présentent bien cette quasi-simultanéité comme fortuite ; - enfin, dans le Spécimen de la vraie philosophie, où nous lisons à propos, de la Ciavis : « Cet ouvrage, „ si l'on excepte un passage ou deux dans les trois dialo- „ <vues du docteur Berkeley imprimés la même année que » rautre est le seul livre sur ce sujet dont j'aie jamais oui „ parlera» Si Collier s'inspira de Berkeley, il faudrait d'ailleurs avouer qu'il le lut ou l'entendit bien incomplètement. Toute la nouvelle théorie de la Vision, développée dans le petit Traité de 1709 \ repose sur une façon de symbolisme des sens, aux termes duquel la vue résume et évoque ce que nous a antérieurement appris le toucher. .V cette belle découverte psychologique l'auteur de la Cla >s ne fait point la moindre allusion et cependant il l'effle;! e d'aussi près que possible, au cours de l'argument ou il
;■ Det'Xt du S,eci,»en nous serions porté à induire ,ue Collier ne co.l:de%erUeley Jv^ssai sur la J.«o« ni les P^-^^^'^^:^, lement les trois Dialofiues SHylas et de PhUonoUs. U n a expressément
cité que ce dernier ouvrage. , „ . ■