Celte théorie tut en 1710 complétée par les Pnncpes
L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVllP SIÈCLE
réfute la prétention selon laquelle l'œil atteindrait les objets tangibles : comme si autre chose n'était pas ce qui tombe sous la vue, autre chose ce que manie le toucher * ! Singulier plagiaire qui, de Toeuvre qu'il a faite sienne aurait omis la plus riche page ; pauvre apprenti pillard qui dérobant une parure en mépriserait le plus rare joyau!
Enfin, deux arguments de fait, à l'appui des inductions qui précèdent, nous sont apportés par les manuscrits qu*a soit signalés, soit édités, le biographe Benson. Celui de n08, qui contient le canevas d'un traité sur le point de savoir si le monde visible est extérieur ou non, devance d'une année le {»remier livre de Berkeley. Sans doute, on peut objecter que, depuis Descartes etMalebranche, l'absolue subjectivité des objets de la vision était devenue pour la plupart des ])hilosophes un lieu commun et qu'en s'exerçant sur cette matière Collier suivait un sentier battu. Mais nous devons remarquer que le sujet de cette esquisse est précisément le même dont traite la première partie de la Clef Universelle : il est de là bien probable qu'en 1708 le plan de ce dernier livre se dessinait clairement dans l'esprit de son auteur et que, dès ce moment, l'idéalité des représentations visuelles lui apparaissait comme la meilleure transition à l'idéalité du monde extérieur. Ce n*est pas tout : Benson a publié, dans un appendice aux Mémoires, une sorte de Credo, en quarante-quatre articles, rédigé par Arthur Collier, à la date du 14juillet 1709, c'est-à-dire contemporain de V Essai sur la Vision'^. Ce long formulaire résume les convictions religieuses et tliéologiques du recteur de Langford Magna.
<. Cîavis, part. I, chap. ii, obj. 2, § 20.
2. Ce manuscrit, nous dit Beuson, (note à la fin du chap. m,) fut découvert durant l'impression des Mémoires.
Mais nous y découvrons aussi des articles significatifs où l'on peut aisément prévoir les croyances métaphysiques d'A.rthur Collier dans leur étroite union avec son semi- Arianisme. Dieu, y lisons -nous, est non seulement la cause efficiente, formelle et finale de tous les êtres particuliers, il en est de plus la cause matérielle. Ce qui veut dire que « la volonté créatrice est précisément la matière substan- » tielle de leur être ; en d'autres termes, que les choses » particulières, comme telles, ne possèdent point de subs- )) tances distinctes, mais seulement diff'érentes formes ou » ressemblances avec la seule substance véritable, laquelle » substance unique est le substratum commun à toutes les » choses particulières * ». Nous y trouvons également que, lorsque Dieu voulut faire l'homme, il commença par produire son fils et que ce fils ou Homme-Dieu produisit le reste de l'humanité ^ Quand, de la lecture des œuvres de Collier, nous revenons à ces articles de sa jeune foi, comment ne pas distinguer pour ainsi dire en ce Credo la miniature du monisme théologique dont la Clef Universelle devait jeter les bases et le Spécimen de la Vraie Philosophie disposer le couronnement ?
Quoi qu'il en soit, la rencontre de deux écrivains si originaux qui, dans le même pays, mais à de telles distances l'un de l'autre, semblaient s'être donné le mot pour revêtir la philosophie des idées de sa forme la plus paradoxale, demeure un phénomène unique dans l'histoire de la haute spéculation. Que deux jeunes méditatifs, l'un en sa retraite du Wiltshire, l'autre au cœur de l'Islande, aient été con-
1. Appendice A, § 5. C'est exactement la doctrine que, vingt et un ans plus tard, développera le Spécimen.