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C'est la doctrine des causes occasionnelles

266 L'IDÉALISME EiN ANGLETERRE AU XVIU* SIÈCLE

» ait pas de monde extérieur, néanmoins un monde existe » dans la mesure où il est possible, et il était conforme à la » volonté de Dieu que le monde visible portât en lui tous » les caractères de ce qui est extérieur, excepté la vérité » de fait, laquelle est absolument impossible.» Résumant ces vues profondes, nous dirons : le monde consiste dans le système des perceptions que le vouloir divin nous fait éprouver et, si Tunivers nous semble hors de nous, c'est que ce même vouloir exigeait qu'il nous apparût comme extérieur.

70 A un être subsistant par soi, tel que ce prétendu monde extérieur, on ne saurait assigner le caractère de créature. Que d'hommes, considérant la substantielle réalité du monde visible, seront dès lors entraînés à faire consister dans la simple étendue la substance même de Dieu» 1

8° Non seulement le réalisme divinise la matière, mais il matérialise Dieu. Refuse-t-on à Dieu l'étendue, le voilà chassé de cet univers qui n'existe et ne dure que parce que l'action créatrice et providentielle lui continue l'être qu'elle lui accorda. Attribuez-vous l'étendue à Dieu : c'est le monde extérieur, cette fois, qui cède la place. Deux existences infiniment étendues ne peuvent absolument pas coexister. Reste à identifier Dieu et le monde extérieur. Or Collier met le panthéisme en demeure de se déclarer : « j'attends que quelqu'un soit assez hardi pour prendre » publiquement la défense de cette proposition. »

90 L'Ecole elle-même nous suggère contre l'existence du monde extérieur un dernier argument. En quels termes méprisants ne s'exprime-t-elle pas sur le compte de la matière l Saint Augustin dit d'elle : infima omnium re-

1. Déjà Newton et Clarke en avaient fait un attribut divin. Collier signale ici l'écueil panthéistique.

riim, prope nihil. Porphyre : verum non ens. Aristote : nec quid, nec quale, nec quantum; et Collier d'ajouter :

nec aliquid.

Ses théorèmes ainsi échelonnés, Fauteur couronne la seconde partie de son Traité, comme il a fait la première, par la réfutation anticipée des objections qu'il prévoit. Quelques-unes de ces répliques valent que nous les rele-

vions :

En premier lieu, de quelle manière les explications de la Clavis se concilieront-elles avec le texte de l'Ecriture? Nous lisons dans le premier chapitre de la Genèse : Au commeyicemenU Dieu créa le ciel et la terre. Ce passage du livre sacré est, au fond, l'unique preuve sur laquelle Malebranche a fondé l'existence du monde extérieur. Or, cette phrase vise l'existence, non d'un univers invisible, mais de l'univers visible et elle signifie que ce que l'on voit n'est point à soi-même sa cause, mais tient son être d'un pouvoir supérieur. Qu'y a-t-il en ces paroles d'où l'on doive inférer l'extériorité de ce que nous apercevons? Quant aux mots : Inprincipio, par lesquels débute le récit sacré, ils se peuvent entendre en ce sens, (interprétation dont Collier, nous le verrons plus loin, tirera comme théologien un itnportant parti,) que « Dieu le père fit toutes choses par et en » son Fils «.Le texte saint, il est vrai, porte : le ciel, la terre. Mais les articles le, la, signifient similitude, non pas identité, entre le monde visible que Dieu créa et celui que perçut Adam, comme entre celui que Pierre et celui que Jean contemplent en divers temps. « Ne dois-je jamais dire que j'ai » vu le soleil parce qu'aux termes de mon hypothèse, le >) soleil que je suis supposé voir n'est pas le même stricte- )) ment que celui que Dieu ou une autre personne consi -

» dère ? » Cette fois encore, la pensée de Fauteur demeure trop enveloppée : elle trahit un soupçon, mais seulement un soupçon du tour d'exégèse qui permettra à Berkeley et à Edwards de faire front au réalisme des théologiens.

Les dogmatiques en appelleront, sans doute, une fois de plus à la nature et au consentement général de l'humanité. Nous savons déjà combien peu nous avons à tenir compte, en pareille matière, de tout ce qui est croyance instinctive. Nous laisserons-nous davantage arrêter par le démenti formel que la langue courante nous inflige ? Assurément, dans le langage, « il n'y a guère un mot qui ne suppose » Texistence d'un monde extérieur. » La pensée philosophique devra-t-elle donc tenir compte de ce perpétuel sous-entendu? En bien d'autres cas, les mots sont en antagonisme avec la vérité reconnue. Tandis que l'esprit accepte le système de Copernic, les lèvres parlent celui de Ptolémée *. Nous savons que c'est la terre qui tourne et nous disons : le soleil se lève.

De l'accusation de scepticisme nous n'avons guère à nous émouvoir davantage. Qui nous l'adresse? Le savant Norris, le même philosophe qui tient pour néant le monde naturel comparé à l'univers idéal, c'est-à-dire le même penseur qui nie expressément texisteyice simple d'un monde visible. Or, c'est là un Pyrrhonisme que la Clef universelle a sans réserves condamné*.

Arthur Collier estime désormais sa démonstration achevée. En guise de péroraison, il vante au lecteur la fertilité

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