Coîlier's MemoirSy cliap. ii
2. C'est sur celle assimilation, déjà suggérée, nous 1 avons vu, par Malebranche, que portait la principale argumentation de la première partie de la Claris-
des hommes, attendu que ce contre quoi il bataille n'est point l'existence mais l'extra-existence des objets. Qu'on ne le pousse point, sinon il affirmera « l'existence de tout objet » imaginé », tant, sur ce point, il estime infaillible l'attestation des sens. Et il termine en déclarant que si l'on continue de le combattre sans se mettre en peine de le comprendre, « il en conclura que c'est à sa personne seule que ., l'on en a et, en ce cas, il demandera la permission de „ garder le silence ». Cette amertume nous ferait soupçonner que l'auteur de la Clavis n'avait point l'égalité d'âme qui permet d'affronter les batailles de la plume ou de la parole : qu'aurait-il pu dire de plus si, pendant dix années, il lui avait fallu tenir la campagne contre un ArnauUi ?
Ce n'est pas qu'il ne fût tenté par la dispute : témoin l'apologie qu'il envoya à Samuel Clarke et qui semble une courtoise mise en demeure de paraître en champ clos. Le savant ami de Newton, sorte d'arbitre es philosophie, dont les plus indépendants novateurs, tels que Berkeley, Butler. Hutcheson, vinrent plus d'une fois solliciter l'avis •, avait, au vu de la Clavis, dit pour toute appréciation : « Pau- „ vre monsieur ! il me fait peine. Ce serait un philo- » sophe, n'était l'étrange tâche qu'il s'est imposée, car ou >, ne saurait non plus réfuter sa thèse, qu'il n'est lui-même » capable de la démontrer \ » L'intéressé eut vent du propos et sa lettre à Clarke y répond. 11 revient à son argument favori : si Clarke avait bien pris le sens de son ouvrage, il y aurait vu la condamnation formelle du pyr-
1. Sa leure à Clarke débute ainsi : - Monsieur, j'ai enlendu dire à . ceux qui vous connaissent que vous êtes alfable, courtois, prêt a donner . vos conseils, et ceci m'encourage (bien que je vous sois inconnu) a vous > importuner de ces deux questions . . . • . „. , t. • \
2. A rapprocher du mot do Hume sur l'idéalisme de Berkeley ( V . les £««.•<}•
278 L'IDlilALISME EN ANGLETERRE AU XVIII" SIÈCLE
rlionisme. « Le témoignage de toute perception, soit intel- » lectuelle, soit imaginative, soit sensitive, en faveur de » l'existence de son objet propre, est avec moi un principe » si incontestable, si universellement justifié, si absolu- » ment nécessaire pour ma conclusion, que je proclame y> mon adepte quiconque y adliôre. « Précisément, eût pu observer Clarke dans la lettre qu'il écrivit en réponse et qui ne nous a malheureusement pas été conservée *, cette égale véracité de toutes les impressions ou opérations mentales, bien loin de me rassurer, ne me trouble que plus. Tant de dogmatisme m'inquiète et, selon le mot des Provinciales, je crains à force de désirer -.
Nous ne nous arrêtons point à l'argumentation de Collier 3 contre le D' AVaterland qui l'avait mis en cause, au cours de ses sermons sur le débat trinitaire. Nous y retrouverions les déclarations dogmatiques par lesquelles il s'est déjà lavé du reproche de scepticisme. L'existence du monde ambiant est si certaine aux yeux de l'immatérialiste que rien, si ce n'est son être propre et celui de Dieu, n'offre plus d'évidence.
La dernière de ces lettres apologétiques était adressée au révérend Shepherd, agrégé du collège de la Trinité, à Oxford. De toutes les cinq elle est la plus intéressante, en ce qu'elle relève sans effort des objections fort serrées.
1. Benson nous informe que toutes ses recherches pour la retrouver ont été vaines.
2. Collier avait un moyen de distinguer entre la sensation et l'imaginatiou, le même qui lui servit à distinguer de la perception la mémoire : le recours aux causes occasionnelles. Mais il se plaît à exagérer la ressemblance, comme pour tenir sa gageure. Que Berkeley est plus avisé d'insister au contraire sur les ditFérences !