Sa lettre est adressée à Mist
Nous y trouvons aussi une preuve de la constance avec laquelle après un laps de neuf années, (Ven-tête manuscrit porte la date de 1722,) Collier maintenait ses premiers dires, ce Si la matière est extérieure, avait objecté Shepherd, alors . le corps est dans l'esprit. Alors l'être étendu existe dans » l'être inétendu : chose absurde. . . )> Mais notre idéaliste ne se laisse pas si vite désarçonner : c< Accordé qu'il soit vrai » que, selon mes principes, le corps,- j'entends le corps » visible ou vu, - existe dans Fesprit, qu'y a-t-il en ceci » d'absurde? Vous dites : il est absurde de prétendre qu un » être étendu peut exister dans un être inétendu ! Qu'en « savez-vous? Mais n'avez-vous pas la preuve du contraire? >, Ne voit-on pas étendus les objets dans un miroir? Pour- « tant ces objets existent dans l'esprit qui les voit. »
Shepherd le sommait également de rétorquer ce sylloaisme-ci, qui ramassait en une vive formule les principaux doutes élevés et par la foi et par le sens commun : « S'il ,> n'y a pas de monde extérieur, les cieux, etc., n ont pas « été créés avant l'homme. Or les cieux ont été créés » avant l'homme. Ergo, - » La réplique ne se fait point attendre : « Negatur minor. Les cieux que je vois » maintenant ne furent pas créés avant moi, m Tarbre . que je vois maintenant; parce que tous deux, en tant » que vus, existent en moi. Mais il y eut des hommes >, créés avant moi, en l'âme de qui un arbre existait, mais « non le même arbre que je vois. Et, aVant le premier « Homme, il y eut des esprits créés ; et, avant ces esprits . créés, il y a ou il y eut un esprit incréé dans lequel un )) ciel tout entier et une terre existaient et existent. C'est . pourquoi negatur major. . Cette réfutation est fort belle et Ton cherche vainement par où les théologiens
orthodoxes la pouvaient entamer. De même que Berkeley, que Johnson et qu'Edwards, Arthur Collier tenait donc les principes de sa philosophie pour éminemment propres à ruiner le scepticisme et à fortifier la piété. Dès la première heure où il spécula sur le problème de l'être et de la connaissance, il découvrit dans l'idéalisme absolu un rempart inexpugnable à l'athée. Sa fière dialectique, nous le voyons par cet aperçu de sa correspondance, ne se laissa point arracher la plus légère concession. Comme le dit justement son biographe Benson, « à un âge où peu d'hommes ont » jeté de côté les frivolités de la jeunesse, il avait, semble- » t-il, atteint un point que Jan:es Mackintosh appelle la » pieî^re de touche de la sagacité métaphysique • ».
VTI. Le Spécimen de la vraie philosophie * nous mène à 1*730, c'est-à-dire au terme, ou peu s'en faut, de la vie de Collier. Les doctrines de son premier livre tiennent plus que jamais à cœur à notre métaphysicien. Bien que le sujet de ce Discours relève de la théologie, un sous-titre de l'opuscule nous prévient qu'il y aura tout avantage à le rapprocher de la Clef universelle ^ Collier se propose évidemment de continuer l'une par l'autre la philosophie rationnelle et la philosophie sacrée. C'est ici, nous informe son avertissement, une introduction au grand mystère de la science religieuse ; mais, en môme temps, « cet essai » n'est pas moins qu'un système complet ou un com- » pendiuni de la connaissance générale ». Des points de vue nouveaux s'offriront à nous. De la psychologie