Clh. I
LE CARTÉSIANISME EN ANGLETERRE 6o
consciences. Il comprend que les qualités dites secondes, celles sous lesquelles les objets se font connaître à nous, ne nous représentent rien qui appartienne vraiment à ces derniers, mais accusent simplement en eux le pouvoir d'en produire sur nous l'impression. Elles sont dues à l'action de corpuscules imperceptibles qui « communiquent » au cerveau certains mouvements, lesquels produisent » en nous les idées que nous avons de ces différentes « qualités ' ». Locke s'est souvenu ici de son Descartes et l'a suivi à la lettre. Les qualités premières ont, au contraire, une valeur durable en dehors de nous. '< Elles » peuvent être appelées réelles, parce qu'elles existent y> réellement dans les corps 2. » Ainsi l'objectivité des choses extérieures nous est garantie par les qualités premières qui en sont inséparables et grâce auxquelles ces choses ont la puissance de provoquer en nous certaines manières de sentir, ou qualités secondes, que nous leur attribuons ^tort comme des modalités qui leur seraient inhérentes. Cette conception n'a pas du coûter à Locke de considérables efforts d'invention : elle résume les opinions que professait, à cet égard, le gros des cartésiens.
Si telle est la solution adoptée par Locke, (aussi bien serait-elle, de sa part, illicite en ce qu'elle dérogerait à son empirisme,) d'où vient qu'au début du livre IV nous lisons cette belle profession de foi subjectiviste : <c puisque l'es- » prit n'a point d'autre objet de ses pensées et de ses rai- » sonnements que ses propres idées, qui sont la seule chose