‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 147 sur 235 · Lettre du 2 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 2 mars

3. Nous croyons, contrairement à ce que semble indiquer M. Campbell Fraser, que ces inférences quasi instinctives de la vue au toucber résultent d'une véritable association d'idées. V. notamment le § 10 de la Theory, . • vindicated. Notre interprétation est également celle de St. Mill qui s'ex-

tume^ : tels sont les trois ressorts qui composent le mécanisme de la vision.

Cette explication toute moderne occupe V Essai sur me nouvelle Théorie de la Vision ^- ainsi que la Théorie de la Vision défendue et expliquée ^ deux ouvrages écrits à vingt-quatre ans de distance et dont le premier avait établi par la méthode synthétique ce que le second prouve analytiquement K De l'un à l'autre écrit, l'auteur n'a point varié. Il demeure intrépide en son paradoxe : Toeil n a, par lui-même, nul soupçon de l'espace et de ses dimensions.

La Nouvelle Théorie de la Vision est trop célèbre et la discussion progressive par laquelle le psychologue y refuse successivement à la vue les notions de distances, de grandeurs, de situations, de figures, bref de toute extériorité ont été reproduites trop de fois pour qu'il y ait lieu d'en donner ici l'analyse. On sait comment il y est d'abord postulé que la distance est invisible, attendu qu'elle ne saurait se peindre en l'œil sinon par un point, lequel demeure invariable, que la distance s'allonge ou se rapetisse. On sait aussi à quelles concomitances entre telles apparences visuelles, tels mouvements du globe de l'œil et telles idées tactiles ou motrices sont ramenées nos intuitions prétendues de l'éloignement ou de la dimension. On

pnme ainsi : C'était la première fois que la V^'^^^^^^^^^^^ ^

! d'association de donner à des combinaison, artificielles ^ W^J^^^^^^^^^^ . faits ultimes était mise en évidence. » Art. Berkeley, sa vie et es écnts) "c" uence de la coutume est particulièrement marquée dans le quatrième ài&logne à' Alciphr on, § 8-9.

. T^nstild ouvrage, Berkeley suppose vraie sou hypotb.se et il eu déduit des conséqueuces dout il moulre l'accord avec les faite.

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se rappelle avec quelle facilité ingénieuse Fauteur dénouait deux difficultés qui ont souvent arrêté les psychologues : d'où vient que la Lune parait plus grande à Thorizon que quand elle brille au milieu du ciel? Et pourquoi nous voyons droits les objets, alors que sur notre rétine l'image en est peinte renversée ? La première question se résoudra d'elle-même, pour peu que Ton tienne compte des modifications alors produites dans l'apparence de la Lune : la masse atmosphérique interposée entre cet astre et nous ayant augmenté, le nombre de rayons interceptés s'est accru : de là une plus faible image. Or tout affaiblissement de l'apparence visuelle est associé par nous à l'idée d'une augmentation de grandeur». De même tombe la difficulté de comprendre comment il arrive que l'œil voie droite l'image qu'il réfléchit renversée. Ceux qui jugent inexplicable ce phénomène ne s'avisent pas d'une confusion qu'ils commettent : ils comparent l'image visuelle à l'apparence tactile, rapprochement on ne peut plus trompeur. Un homme devant moi est peint en mon œil la tête

1. Berkeley fait trop bon marché de l'explication cartésienne, selon laquelle cette erreur de la vue serait due à un jugement instinctif qui nous fait croire plus grand un même objet, quand plus d'espace paraît nous en séparer : et tel est le cas de la lune à l'horizon, parce que les champs, plaines, collines, interposés entre elle et le spectateur accusent l'éloignement

cette planète, ce qui n'a pas lieu quand elle est vue au milieu du ciel. Mais, d'où vient, avait-on objecté, qu»} si je supprime cette cause d'illusion et si je regarde de derrière un mur la lune horizontale, elle me paraît tout aussi grande que si je voyais les terres qui m'en séparent ? — A quoi Malebranche de répondre, on s'en souvient : c'est qu'alors la voûte apparente du ciel semble presque plate et, par conséquent, doit causer à peu près le même effet que des terres interposées. Supprimez cet objet de comparaison, et pour cela regardez à travers un verre enfumé la Lune ou le Soleil à l'horizon, vous les verrez sensiblement de la même grandeur qu'au méridien. (Malebr. Des diverses apparences de grandeur du Soleil et de la Lune. Réponse à Régis.)

en bas : je le vois cependant les pieds sur le sol et la tête en haut. Fort bien; mais, qu'entend-on par bas et par haut? Veut-on dire le bas et le haut visibles? En ce cas, l'image de l'homme n'est nullement renversée et, ce qui le prouve, c'est qu'une troisième personne qui regarderait mon propre œil y apercevrait fort bien cet homme visible, les pieds posés sur le sol visible et la tête levée vers le ciel visible. L'image est donc droite. Quand je la dis renversée, c'est que je compare le ciel et la terre visibles avec le ciel et la terre tangibles, le haut et le bas visibles avec le haut et le bas tangibles, sans songer que d'un ordre à l'autre il n'y a pas de transition et qu'autant vaudrait comparer des sons à des odeurs, des couleurs à des parfums. Maintenez la distinction et la prétendue énigme s'évanouit.

A ces jeux d'analyse ne se borne point la <c Nouvelle » Théorie. » Elle renferme autre chose qu'une gageure prestement gagnée. Cette psychologie de la vision réclame un complément : la métaphysique va le fournir.

II. Aussi n'aurait-on point la compréhension entière de l'hypothèse, si l'on s'en tenait au premier écrit de Berkeley. Dans VEssai, selon la remarque de M. Campbell Fraser, il semble que le sens du toucher soit doué d'une semi-objectivité et qu'il ait le don de saisir l'extérieur. Sous-entendu inacceptable, bien vite dissipé par les ouvrages qui firent suite à VEssat Les Principes de la connaissance \ parus une année après, ne laissent subsister aucune équivoque. Non, pas plus que les objets de la vision, les objets du tact ne s'étendent hors de l'esprit'.

1. Treatise concerning the principîes of human hiowledgCf 1710.

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