Préface de M. Campbell Fraser aux Dialogues
que le mouvement, l'étendue, la forme, etc. Il n'existe point de réalités générales, mais seulement des choses particulières. Le réalisme se trouve, en désespoir de cause, réduit à confesser qu'il ne peut y avoir d'êtres corporels
nulle part.
De ce scepticisme tout provisoire où Philonoùs avait laissé s'arrêter Hylas, le second dialogue nous dirige à un déisme des plus dogmatiques. La réalité d'une Ame omniprésente offre un moyen inespéré de concilier ces deux vérités également indéniables, quoique contestées, l'une par les Pyrrhoniens, l'autre par les matérialistes : — les choses sensibles ont une réalité extérieure à chacun de nous ; — cette réalité n'est pas absolument indépendante de la pensée. Que faire donc, sinon de conclure qu' « il doit » y avoir quelque autre pensée où existent ces choses ? » Notons ici que l'auteur apporte à la conception déiste exposée dans les P^Hncîpes de la Connaissance humaine, une assez importante modification. Le Dieu des Dialogues n'est pas seulement la Volonté efficiente qui décréta le symbolisme des idées sensibles; il est la Pensée impérissable, en qui subsistent les choses dont nos pensées éphémères n'ont qu'une vision transitoire. Il est la Ndïiaiç toujours active, dont la constance et la pérennité assurent aux objets qu'elle contemple une objectivité sans égale. Dieu est prouvé par le monde et le monde garanti par Dieu. « Nous disons, » déclare Philonoùs, que les choses sensibles existent réel- )> lement; et, si elles existent réellement, elles sont néces- » sairement perçues par une pensée infinie, il y a donc » une Pensée infinie ou Dieu. Nous obtenons par là de )) l'existence de Dieu une démonstration directe et immé- » diate, tirée d'un très évident principe. )>
Dans le dernier dialogue, aucun point nouveau de la doctrine n'est abordé. Philonoiis s'attache seulement à dissiper les préventions qui peuvent encore inspirer quelque défiance à Tégard de son idéalisme. — Préventions du dogmatisme : Hylas entrevoit la conséquence qu'imposera Hume au système Berkeleyen. (( Il suivrait de vos prin- » cipes, que vous êtes simplement un système d'idées flot- » tantes sans aucune substance pour les soutenir ; » à quoi Philonoiis de répliquer, non sans impatience : « combien » de fois faut-il répéter que je connais mon existence w propre ou que j'en ai conscience et que je suis ynoi- » même non pas mes idées, mais quelque chose d'autre, un » principe pensant et actif, qui perçoit, connaît, veut et » opère sur des idées * ? » — Préventions du sens commun : celles-là ne sauraient naître que d'une méconnaissance de la doctrine, bien à tort accusée de nier les réalités sensibles. Une fois rassuré sur ce point, le gros de Thumanité n'aura qu'indifférence pour <( le destin de ces natures » inconnues et quiddités philosophiques dont raffolent » quelques-uns. » — Préventions de la foi religieuse : l'immatérialisme n'oppose-t-il pas un démenti au récit Mosaïque? En aucune façon, estime Philonoiis : « Tous les y> objets sont éternellement connus de Dieu ; ou, ce qui » revient au même, ont une existence éternelle en sa w pensée ; mais, quand un décret divin fait que des choses )) auparavant imperceptibles aux êtres créés deviennent » susceptibles d'être perçues par eux, alors on dit qu'elles » commencent à l'égard des pensées créées une existence » relative. » Le mot création n'enveloppe point d'autre