De motu
4. Très sévère pour Leibnitz, Berkeley se montre, pour Newton, bien plus juste : l'attraction admise par ce savant n'est pas, déclare-t-il, une qualité physique, mais une hypothèse mathématique. (§ 10-20J.
L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVlli» SIÈCLE
moyen : nous tenir en garde contre la séduction des mots et ne considérer que la nature des choses. Or, interrogeons notre raison : sous le mot corps elle ne conçoit aucune de ces propriétés qui dérivent leur signification du pouvoir par lequel nous avons conscience de mouvoir et de reposer nos membres à notre gré. Chacune de ces qualités occultes suppose l'action; or, l'action, comme la passion, ne saurait appartenir qu'à l'âme. Par conséquent, l'àme seule est le véritable principe du mouvement. Cette vérité une fois admise, rien ne sera changé à ce que l'on enseigne sur les lois mécaniques. Que le philosophe naturel s'en tienne à ses expériences et à ses lois ; qu'il laisse à une science supérieure la considération d'un principe que ses méthodes ne lui révéleront pas. <c Cuique scientiœ provincia sua » tribiiatiir. » — Cette dissertation physique, où la philosophie naturelle était subordonnée à un universel spiritualisme, parachevait la doctrine des Principes et des Dialogues, en montrant avec quelle aisance une science des lois mécaniques pouvait se déployer à l'ombre de l'immatérialisme, moyennant cette seule condition : que l'idolâtrie des abstractions n'induisit pas l'expérimentateur et le physicien à franchir leur province et à substituer leurs inertes et décevantes entités au vivant principe que proclame le métaphysicien.
IV. En résumé, le monde réalités : les idées, marques pensée, mais non extérieures conscients, intelligents, actifs, tion, celle de percevoir les invariable, forment la nature
partagé en deux ordres de passives imprimées sur la à l'âme et les esprits, êtres doués d'une double attribuidées qui, par leur cours et ses lois, celle de provo-
quer, par les mouvements auxquels leurs volitions donnent lieu, des notions déterminées chez les esprits avec lesquels ils entrent en rapports; au-dessus des âmes finies, la Pensée créatrice et ordonnatrice, en qui toutes les idées-images qui enrichissent la connaissance humaine se déroulent éternellement et qui a préformé toutes les connexions causales, toutes les associations fixes, dont l'expérience nous acquiert peu à peu le maniement : telle est, en raccourci, la philosophie que VEssai sur la Vision avait laissé poindre et qui maintenant éclate en sa pleine maturité. On ne saurait contester à cette conception des choses sa belle limpidité. Les principes en sont familiers, la méthode claire, trop claire même au gré de quelques critiques *, selon qui l'évêque de Cloyne aurait négligé ce je ne sais quoi d'incognoscible et de mystérieux qui prête à la nature tant de majesté. Chez lui, tout se tient, tout se suit avec une admirable continuité. S'il est vrai que l'auteur des choses agisse toujours par les voies les plus simples, Berkeley doit être bien près d'avoir surpris le plan créateur. On oublie, à l'accompagner, qu'il nous promène en terre vierge. Comment se croire si loin des chemins frayés? Il est assurément impossible de se dérober avec plus de bon sens aux exigences du sens commun.
Le miracle de cette philosophie, le trait génial qui lui assigne une place unique dans l'histoire de la haute spéculation est la fusion qu'elle opère entre deux écoles à jamais ennemies : le sensualisme expérimental et la théologie rationnelle. Pas un seul instant, remarquons-le, Philonoùs n'a fait appel à la raison pure. L'observation de tous