Dialogue I, § 16 sqq
DERNIÈRE PHASE DU SYSTÈME. — La SiriS.
L Si transparente que fût la doctrine soutenue par Philonoiis et Euphranor, elle ne laissait point de prêter à quelques équivoques. L'avoir de l'esprit humain n'est pas évalué dans son entier, quand on l'a décomposé en des perceptions soit actuelles, soit remémorées, et en des intuitions directement obtenues par la conscience. Notre âme possède encore d'autres connaissances sur la nature et la valeur desquelles le Traité des Principes, les Dialogues, le de Moiu nous ont médiocrement édifiés. En premier lieu, ces connexions que l'expérience nous permet de saisir entre les séries perceptives et dont la synthèse traduit l'ordre de la nature, comment en avons-nous l'intelligence et quel nom faut-il donner à la science que nous en acquérons ? D'autre part, si le sens intime nous fait atteindre notre personne pensante et agissante, elle ne saurait de même nous révéler l'existence d'individualités étrangères. Gomment donc nous est annoncée la présence d'autres esprits et l'ubiquité de la Pensée Suprême? De quel terme enfin désigner la représentation que s'en forme notre entendement ?
Cette difficulté, Berkeley ne fut pas sans l'apercevoir et c'est pour y parer qu'il institua par instants, outre les idées et les esprits, une troisième classe d'objets : les notions. Malheureusement, sur ce dernier groupe, il est
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très sobre d'éclaircissements et nous abandonne à nos conjectures. Nous lisons bien, dans la seconde édition des Principes, que « nous avons quelque notion de l'âme, » de l'esprit et des opérations de la pensée : ainsi, vouloir, « aimer, haïr...» » Nous croyons y trouver également que, sous cette même catégorie, rentrent les rapports saisis par l'entendement : « Il me paraît qu'idées, esprits et rela- » lions sont tous, dans leurs classes respectives, l'objet de « la connaissance humaine et que le terme idée serait » improprement employé à signifier toute chose que nous » connaissons ou dont nous avons quelque notion... - » Ne faut-il pas aussi voir un équivalent des notions dans cette troisième classe d'idées que distinguait, à côté de celles que les sens nous apportent et de celles que suscite le sentiment intérieur, le début du Traité des Principes : «... enfin, idées formées par le secours de la mémoire ou » de l'imagination, soit qu'elles composent, divisent ou » simplement représentent les idées originellement perçues » selon les voies indiquées plus haut ^ ? » Composer ou diviser des idées simples, fournies soit par la perception extérieure soit par le sens intime*, appartiendrait en
propre à la notion.
Mais, la notion elle-même, de quelle manière surgit-elle en nous? Faudrait-il donc attribuer à la pensée humaine une productivité propre, situer en l'âme une source vive