‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 162 sur 235 · Ihid., § 89 (2« édit · texte numérisé non relu

Ihid., § 89 (2« édit

3. Ihid., § 1-2. Notre interprétation de ce passage est ici donnée sous toutes réserves. Tout ce qui, chez Berkeley, a trait à la notion reste très

enveloppé.

4. Dans ce passage, Berkeley admet des idées tirées de la conscience. L'expression est évidemment impropre et ne saurait avoir qu'une valeur métaphorique : car il n'admettait pas d'idées des choses mentales.

d'où jaillissent les idées qui coordonnent les sensations et règlent l'expérience ? On pourrait alléguer, en faveur de cette interprétation, telle phrase obscure égarée dans le Traité *. A vrai dire, nous ne concevons pas d'hypothèse plus éloignée de Tesprit Berkeleyen. Si l'on se persuade servir la gloire de l'évéque de Cloyne en le costumant en Kantien «, on se méprend du tout au tout. On le dépouille de son individualité propre, on le contraint de se renier. D'une part, en effet, si les notions sont l'œuvre de nos pensées particulières, elles n'ont plus Dieu pour garant et le réseau des lois naturelles devient un frivole tissu dont j'ai tiré de moi la substance. Quelle victoire pour ce scepticisme envers qui Philonoiis le prenait de si hauti D'autre part, des connaissances spontanément forgées par ma raison devront, en raison même de leur origine, contraster par leur nécessité avec les contingentes acquisitions de mon expérience. Bref, l'immatérialiste devra se convertir à l'innéité et faire à l'ontologie amende honorable.

Si les notions ne désignent ni des représentations sensibles perçues ou remémorées, ni des concepts absolus supérieurs à l'expérience, nous n'avons plus le choix et force nous est de déclarer univoques les deux expressions : notionnel et abstrait. La troisième classe de nos connaissances ne naîtra en nos pensées qu'au prix d'abstractions multiples. Quoi I Une abstraction, la notion de l'Esprit Divin ! Des abstractions aussi, les notions d'âmes semblables

1. Celle-ci, par exemple : • le nombre est intuitivement la créature de la » Pensée. (§ 13). » Mais le contexte marque bien que le mot créature a essentiellement un sens négatif. Le nombre n'est pas une idée ; on perçoit des choses nombrées, les nombres point.

2 C'est la tendance à laquelle paraît céder son savant éditeur : M. Campbell Fraser.

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à la nôtre ! Des idées abstraites, ces images mentales que ma conscience me suggère et sur le patron desquelles je me représente une Volonté créatrice et des esprits créés î — Non, sans doute, Berkeley ne l'entendait pas de la sorte. Où réside l'abstraction '? Ce n'est point dans le concept obtenu, mais bien dans le procédé mis en usage pour l'acquérir. Oui, la peinture intérieure sur laquelle je lis quels doivent être et mes semblables et Dieu, est ce qu'il y a de plus concret au monde. Mais, cette peinture, pourquoi me la formé-je? A quelle exigence cède ma raison, lorsque, derrière les copies tracées par ma conscience, elle suppose des originaux existant ? N'est-ce point parce que certaines de mes sensations m'ont révélé des actes dont je sais n'être point l'auteur ? Or, de tout mon raisonnement quel aura été le ressort caché, sinon cette vérité certaine : qu'il n'y a point d'actions sans un agent, point de changements sans une puissance productrice, bref que tout événement implique une cause efficiente ? Si donc je crois que Dieu me parle par la nature et que les mouvements de mes semblables attestent leur activité, ce ne saurait être qu'au nom du principe causal, l'un des plus hautement abstraits qui puissent guider l'entendement.

Quand il en va de la sorte pour l'idée que nous nous faisons de Dieu et de l'âme ' d'autrui, combien a fortiori s'accroîtra la part de l'abstraction dans les notions que nous nous formons des rapports généraux de tout ordre qui unissent mutuellement nos perceptions ! <c II faut re- » marquer, est-il dit encore dans la seconde édition des )> Princi'pes, que toutes les relations enfermant un acte de

1. Dans l'usage, ces deux termes, idées, notions, peuvent être convertibles. Berkeley lui-même nous en prévient [Princ. § 142, 2« édit.).

« la pensée, nous ne pouvons proprement être dits avoir „ une idée, mais bien plutôt une notion des relations et » des habitudes entre les choses. »

II La seconde édition des Principes date de 1134 : or, à cette époque, Berkeley ne se montrait plus aussi intraitable en ce qui concernait la valeur et le rôle des méthodes abstraites. Sans aller jusqu'à réaliser ces sortes dénotions, (excès où il ne versera jamais,) il est déjà bien oublieux de son nominalisme radical de HIO. C'est ainsi que, dans 1'^^ ciphron paru deux années avant la réédition des Principes, bien que les idées abstraites soient toujours données pour des signes individuels dont l'emploi n'est universalisé que parce qu'ils remplacent des idées similaires quelconques \ un rôle particulièrement efficace leur est reconnu et cela, non seulement dans l'ordre du savoir, mais aussi dans l'ordre de la pratique. D'utiles vérités découlent, pour le mathématicien et le physicien, d'abstractions telles que le nombre et la force. De salutaires effets sont opérés dans l'àme du croyant par des notions religieuses telles que la Trinité. Si abstrait soit-il, un dogme de ce genre provoque chez le fidèle des impressions émotionnelles et devient par là « un vivifiant principe opérateur qui influencera sa vie » et ses actions '- ». Ces concessions au conceptualisme sont déjà graves; elles paraîtront un jour insufflsante> a Berkeley, puisque plus tard, bien plus tard ^ durant sa courte retraite d'Oxford, il donnera du Petit Philosophe

1. Alciphron or the Minute Philosopher, 1732, vii« ^^^^y. § ;-', ^[;^',;;, cet endroft. peut-être, que l'on a l'expression la plus complète de la théorie de Berkeley sur la nature et la fonction des signes abstraits.

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