‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 164 sur 235 · M. Campbell Fraser l'a fort bien marqué · texte numérisé non relu

M. Campbell Fraser l'a fort bien marqué

obscurément tous ces vagues indices, ne se dessina nettement que douze années après V Alciphron. Pendant cet intervalle, l'auteur des Principes n'avait guère écrit touchant la philosophie générale. Du moins, avait-il beaucoup médité et beaucoup lu. Platon et les Alexandrins l'avaient surtout captivé. Comment n'aurait-il pas perçu tant d'affinités secrètes qui attiraient sa philosophie vers la leur? Et comment, de ce contact avec la doctrine de l'Académie, son propre système n'aurait-il pas reçu une poussée dans la direction qui conduit, selon Aristote, au vide, selon Platon et Proclus, à l'éternelle réalité ? L'idéalisme de Philonoiis opéra ainsi un changement de front. Pour que le public en fût avisé, il fallait un prétexte. La prédication humanitaire entreprise par l'évêque de Cloyne en vue de populariser l'eau de goudron fit naître l'occasion propice.

III. Une chaîne de réflexions et de recherches philosophiques concernant les vertus de l'eau de goudron ainsi que divers autres sujets joints ensenible et naissant l'un de Vautre * : ce titre, que portait la première édition de la Siris, en annonce bien la méthode ascendante qui, d'anneau en anneau, remontera la chaîne des vérités, jusqu'au premier et immatériel chaînon. D'où viennent à l'eau de goudron les vertus curatives dont le début de la Siris énumère si abondamment les eff'ets? Elles sont dues aux sels volatils que dégage le goudron infusé, substance qui renferme ce qu'il y a de plus fin et de plus travaillé dans le suc du pin et du sapin. «Il n'est point de chimie pareille à celle de la nature,

1. A chain of philosophical reflexions etc., 1744. C'est seulement à partir de la seconde édition que l'ouvrage porte le titre de Siris. Selon de Quiacey, c'est Seiris que Berkeley aurait dû écrire.

» qui joint à l'action de la chaleur les filtrations les plus » délicates et les plus industrieusement variées. «L'action bienfaisante du soleil achève la préparation de ce baume des végétaux qui contient un esprit d'où résultent leurs qualités spécifiques. Ces esprits naturels, ces âmes végétales, s'exhalent dans l'air qui, sous l'influence solaire, accomplit toutes sortes de prodiges.

De tous les corps dont l'air est le réceptacle, le plus élastique, le plus subtil, celui qui communique à ce milieu vivifiant sa vertu, est l'Ether, ou Feu invisible *, « puissant » agent toujours prêt à entrer en action, s'il n'était bridé » et gouverné par la plus grande sagesse. . . C'est lui qui

» anime toute la masse visible Il entretient un cercle

» perpétuel de générations et de corruptions, toujours » gros, pour ainsi dire, de formes qui, par une vicissi- » tude constante, naissent de son sein et s'y replongent... » Il paraît n'être autre chose que l'âme végétative ou l'es- » prit vital de l'Univers. » Cet Ether, cet Esprit Igné, que l'on ne saurait connaître en lui-même et qui ne se laisse deviner que par ses effets, est la cause instrumentale dont se sert avec liberté l'âme qui régit l'Univers. Cette pensée directrice réclame des intermédiaires, au défaut desquels notre monde deviendrait la proie du hasard. ^< Sans causes » instrumentales et secondes, il ne pourrait y avoir de » cours régulier de la nature. Et, sans un cours régulier, » la nature ne pourrait jamais être comprise : l'humanité » s'y perdrait à jamais, ne sachant qu'attendre ni com- » ment diriger ses actions. » Mais, ne nous y trompons pas, s'il faut des causes secondes, « ce n'est point pour celui

iris, § î 50-1 62,

,) qui gouverne ; c'est pour ceux qui sont gouvernés ' . » L'antiquité avait bien compris cette influence du Feu Pur, quand, par la bouche de ses sages, elle en vantait la natiire occulte et les extraordinaires effets. Mais gardonsnous, dans notre admiration pour tant de merveilles, de voir en cet élément le principe générateur de toute action dans notre univers. En réalité, l'initiative ne réside que dans l'Agent : celui-ci communique au feu, qui est l'esprit animal du monde sensible, une certaine force ; cette force, le feu la transmet au corps embrasé, c'est-àdire à la flamme visible et, par elle, produit les sentiments de lumière et de chaleur \ « Dans cette chaîne on recon- )> naît que le premier anneau, aussi bien que le dernier, » est incorporel ; les deux du milieu sont corporels, puis- » qu'ils sont capables de mouvement, de raréfaction et de

y> pesanteur. »

Est-ce à dire qu'une explication mécanique suffise, selon la prétention de Descartes, à rendre compte des effets naturels ? Nullement. On ne réussira point à en rendre compte, si l'on n'a recours à un Esprit. « Et ce n'est point >. assez de remonter de ces phénomènes actuels, par une « chaîne de causes secondes et d'intermédiaires aveugles ,) jusqu'à une divine Intelligence, comme à la cause origi- » nale éloignée qui, après avoir créé le monde, l'a ensuite » mis en branle. Non, nous ne saurions faire un seul pas » dans l'explication des phénomènes, sans admettre la pré- « sence et l'action immédiate d'un agent immatériel qui >> enchaîne, meut et dispose toutes choses selon les règles

1. Des lois ainsi jusliÛées ne sauraient posséder qu'un caractère con-

lingent.

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