‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 172 sur 235 · MALEBRANCHE ET BERKELEY · texte numérisé non relu

MALEBRANCHE ET BERKELEY

I. Bien que la position prise par Berkeley soit l'une des plus personnelles que métaphysicien ait jamais occupées, on ne saurait, sans manquer à la vérité de l'histoire, l'isoler absolument des doctrines contemporaines. Les points d'attache qui relient cette forme de monisme aux spéculations alors en honneur sont en trop grand nombre

1. On nous rapporte que, récemment, un de nos jeunes professeurs, au cours de ses recherches dans les bibliothèques de la ville qu'il habite, fut tout surpris et charmé de découvrir, perdue parmi les livres médicaux, la traduction française, publiée en 1745 et devenue très rare, du Traité de Berkeley. Il obtint, non sans négocier, que la Siris cessât d'être cataloguée comme ouvrage de thérapeutique.

pour passer inaperçus. La conception d'un idéalisme expérimental est bien, elle, génuine et appartient en propre à son auteur. Il n'en est point de même des théories qui l'encadrent ni des démonstrations qui la justifient. Berkeley a connu et pratiqué quelques maîtres, un surtout, dont l'influence sur le progrès de sa pensée se fait sentir presque en chaque page de ses écrits. Ce guide est Malebranche, dont les livres, si nous en jugeons par le Cahier de Notes, avaient été de bonne heure familiers à l'étudiant de Trinity Collège et qui, précisément à l'époque où furent rédigées ces réflexions occasionnelles, parvenait, dans le Royaume-Uni, à l'apogée de son renom. On s'attendrait donc que le grand immatérialiste irlandais eût, avec plus d'empressement encore qu'un Norris ou qu'un Arthur Collier, reconnu sa dette évidente envers l'auteur de la Recherche de la

Vérité.

Il n'en fut rien et Berkeley, sa vie durant, ne cessa de se défendre d'avoir avec Malebranche quoi que ce fût de commun. L'autonomie de son système lui tint toujours très à cœur. Il entend être le maître chez lui et répondre, lui seul, des opinions qu'il émet. Il ne se laisse pas davantage éblouir par le prestige d'un Descartes ou d'un Locke et n'admet déconseiller que sa raison. « Je ne pique ma foi, » dit-il déjà à Trinity Collège, sur la manche d'aucun grand » homme K » Cette fière indépendance avait été celle aussi d'un Descartes \ Mais d'où vient que l'autorité qu'il refuse le plus obstinément de saluer est justement celle de Malebranche ? De ce que, sans doute, selon ses justes pré-

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