‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 173 sur 235 · Commonpîace Book · texte numérisé non relu

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2. On sait avec quelle impatience l'auteur des Méditations souffrait que, sur tel ou tel point, on lui signalât des devanciers.

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visions, c'est de la Vision en Dieu que ses détracteurs seraient naturellement portés à rapprocher son idéalisme. Aussi, avec quelle insistance le jeune rédacteur du Cahier de Noies, ardent à protéger contre des insinuations probables l'originalité de la doctrine dont il crayonnait les grandes lignes, s'applique à faire ressortir les contrastes qui la séparent de l'hypothèse célébrée par Norris I Par dix fois peut-être, le nom de Malebranche revient sous sa plume et toujours quelque objection accompagne la référence. Ici le philosophe Oratorien est rendu suspect de scepticisme *, puisqu'avec lui la réalité des objets sensibles fait question ; là est prise à partie sa démonstration in extremis en faveur d'un monde matériel - ; plus loin, il lui est reproché de méconnaître ce qu'il y a d'intuitif dans la conscience que nous prenons de notre activité volontaire ^. Ailleurs, il est vrai, son nom n'est pas prononcé et cependant des opinions sont adoptées et soutenues qui lui appartiennent bien, ne serait-ce que cette affirmation qui, de son vivant, lui avait aliéné tant de cartésiens : nous ne possédons pas d'idée de Dieu*.

Mais, de tous ses ouvrages, celui où Berkeley proteste le plus longuement contre tout soupçon de parenté avec

1. « M. . . Je suis certain de ce dont Malebranche semble douter, savoir l'existence des corps. » {Commonpl. B.)

2. « I. . . L'Ecriture et la possibilité sont les seules preuves avec Male- » branche. Ajoutez-y ce qu'il appelle une grande propension à penser ainsi. » Peut-être est-il possible d'en douter. Peut-être trouvera-t-on que les > hommes ... ne sont pas si absolument persuadés de l'existence de la ma- ' tière. > {Ihid.) Plus bas le jeune critique revient à la charge.

3. • S. Nous mouvons nos jambes nous-mêmes. C'est nous qui voulons » leur mouvement. En cela je diffère de Malebranche. » (Ibid.)

4. • G. Absurde de prouver l'existence de Dieu par son idée. Nous n'avons » pas d'idée de Dieu. C'est impossible. » [Ibid.)

Malebranche, est le second Dialogue d'Hylas et de Philonoûs. L'avocat du réalisme vulgaire demande si la théorie dont son interlocuteur moniste lui a fait l'exposé n'est pas à peu près celle « que professent des modernes émi- » nents : la vue de toutes choses en Dieu ? » Et Philonoùs de répondre : qu'il ne comprend pas comment nos idées, choses passives, pourraient appartenir à l'essence de Dieu ; qu'au reste, cette hypothèse est sujette aux mêmes absurdités que la conception commune; qu'enfin elle rend la création inutile, puisque le monde se trouverait exister en vain. Dans la troisième édition, (celle de 1734,) Berkeley mettait plus de vivacité encore à nier cette prétendue ressemblance. « Je ne serai pas surpris, y lisons-nous, si quelques-uns » s'imaginent que je verse dans l'enthousiasme de Male- » branche, quoiqu'on vérité j'en sois très éloigné. Il bâtit » sur les idées générales les plus abstraites, ce que je » blâme. Il affirme un monde extérieur absolu ; moi, non. )) Il maintient que nous sommes trompés par nos sens et » ne connaissons pas les natures réelles ou vraies formes )) et figures des êtres étendus : toutes choses dont je pro- » fesse directement le contraire. Ainsi, en somme, il n'y « a pas de principes plus fondamentalement opposés que » les miens et les siens. »

Les années n'amortissent point ce zèle à déprécier son prétendu modèle. Plus les théories qu'il préconise offriront d'analogie avec celles dont on fait honneur à rillustre Cartésien, plus il prendra soin de tracer une frontière qui les en sépare nettement. C'est ainsi que, dans le Petit Philosophe, Alciphron et Criton, faisant pour une fois trêve à leurs désaccords, s'entendent à souhait sur le peu de valeur qu'il convient d'attacher à la Vision en Dieu. Oui, au mo-

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ment même où Euphranor, qui remplit ici le personnage tenu il y a vingt ans par Philonoiis, vient de faire accepter au « petit philosophe » l'existence d'un céleste Maître tout proche de nous, souverainement sage et bon, qui parle sans cesse à; nos yeux et dont l'action vigilante équivaut à une création continuée, tous attributs divins abondamment énumérés dans la Recherche de la Vérité et les Entretiens Métaphysiques, Alciphron déclare dénuée pour lui de sens l'hypothèse métaphysique qui unit l'âme humaine à la substance divine et Criton concède qu'il ne l'entend guère mieux K Enfin, dans la Siris, où cette même hypothèse est frôlée à tant de reprises, bien des noms glorieux défilent depuis Platon jusqu'à Newton. En cette revue de tous ceux qui enrichirent la Chaîne d'un nouvel anneau, Malebranche ne figure pas.

C'est que, dès le début, les contempteurs de l'idéalisme Berkeleyen en avaient prétexté les analogies avec le système de la vision en Dieu pour envelopper du même ridicule l'une et l'autre philosophies. Dans la correspondance inédite de Berkeley, une lettre, à cet égard décisive, a été signalée -. Après la publication du Traité des Principes, l'auteur voulant savoir quelle impression son livre avait produite sur le public lettré, s'était adressée John Percival. En octobre 1710, ce dernier rapporte à son ami ce jugement formulé par Clarke et Whiston ^ : « Ils vous » tiennent pour un habile disputeur et un limpide écrivain, » mais ils disent que les premiers principes posés par vous » sont faux. Ils vous regardent comme un extraordinaire

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