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L'IMMATÉRIALISME EN AMÉRIQUE. -SAMUEL JOHNSON

I. Lorsque Berkeley était débarqué à Newport, tout à sa philanthropique chimère, il avait reçu la visite d'un jeune et distingué prêtre de l'Eglise Episcopale, qui, dès longtemps déjà, Taimait sans le connaître et dont il s'était fait, par le seul ascendant de ses écrits, un néophyte. Cette rencontre avec un admirateur lointain devait être pour tout le monde une bonne fortune. L'amitié qu'elle inaugurait fut cause que l'immatérialisme jeta dans la Nouvelle- Angleterre quelques germes ; elle fit aussi que l'entreprise humanitaire de Berkeley n'échoua pas de tout point et que l'Amérique conserva un gage durable de son rêve civilisateur. Cet adepte, avec qui l'évêque de Cloyne devait rester jusqu'à la mort en relations affectueuses, était Samuel Johnson.

La famille Johnson était établie dans le nouveau monde depuis 1641, date à laquelle l'arrière grand-père de Samuel avait quitté Kingston-sur-Hull, en Yorkshire et fait voile sur Newhaven. Samuel naquit le 14 octobre 1696 à Guil-

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ford (Connecticut), où son père remplissait les fonctions de (c diacre congrégationnel. » Nous savons, par son premier historien, qui avait entre les mains son autobiographie », que, dès son plus jeune âge, il révéla pour les fortes études des dons surprenants. Samuel se souvenait qu'à six ans. quelques mots hébreux distingués dans le livre de sa grand mère, avaient fait naître en lui une vive curiosité pour cette langue, où il devait un jour exceller. Bachelier es arts en 1714, son bagage philosophique était bien léger. La scolastique, et quelle scolastique ! obscurcissait alors, même par delà les mers, l'enseignement. Il entre dans une école supérieure et là, semble-t-il, les horizons d'une philosophie nouvelle s'étendent devant ses regards. Il rencontre Vlnsiaiiralio Magna de Bacon ^- qui lui cause un. éblouissement. A la même époque, sans doute, il découvre Descartes, Newton et les grands modernes auxquels plus tard il aimera, dans ses écrits, à se référer.

De bonne heure, sa vocation ecclésiastique s'annonça et de bonne heure aussi des doutes l'assaillirent sur la légitimité de l'ordination Presbytérienne. Cette légitimité, il l'admettait, nous raconte-t-il, à l'époque où il était entré dans les ordres » ; mais bientôt ses méditations jointes à ses

1 The life or Samuel Johnson, D. D., the first Président or King's Collège, in Nerv-Tork, by Thomas Bradbury Chandler. New-York, 1805. Rééditioa à Londres ea 1824. L'autobiographie était iutitulee : « Mémoires . de la vie du Rév. D' Johnson et diverses choses relatives a 1 état et de . la religion et de la science à son époque. » Le manuscrit, nous dit M. Beardsley, fut remis au Rév. D^ Chandler d'Elisabethtown. La publication en fut différée, vu les temps, et n'eut lieu que plus de trente ans plus tard, grâce aux soins du Rév. Hobart. troisième évêque de NewAork et gendre de Chandler.

2. Le seul exemplaire peut-être qui fût dans le pays. (Chandler).

3. . A cette époque, l'Eglise d'Angleterre avait à peine un pied en Con-

lectures le convertirent à la liturgie de l'Eglise Anglicane. Il se décida donc, en même temps que ses amis Brown et Cutler, à partir pour la métropole afin de solliciter son ordination. L'accueil qu'il y reçut fut des plus empressés. A Oxford, il se vit conférer le diplôme de maître es arts '. Enfin il regagne, en novembre 1723, son poste de Stratford. Peu de temps après son retour, il fut avisé, pour la première fois peut-être, du plan que Berkeley venait d'arrêter. « Un très pieux Doyen en Irlande », lui écrit à la date du 17 février 1725 le Rév. J. Berriman, « est sur le point « de quitter sa situation pour aller s'établir aux îles Ber- .) mudes, où il se propose de fonder un collège, — en vue » d'élever les indigènes d'Amérique... - »

Plusieurs années s'écoulèrent, comme l'on sait, avant que le projet signalé par Berriman entrât en voie d'exécution. Non seulement Johnson en connaissait de réputation l'auteur, mais il l'acceptait déjà pour son guide philosophique. Le Traité sur les Principes de la Connaissance Humaine l'avait charmé. 11 en estimait la conclusion le plus invincible boulevard qui pût protéger contre les assauts de la libre-pensée le dogmatisme métaphysique et religieux. Aussi, avec quelle joie il saisit l'occasion inespérée d'approcher et d'entretenir le fondateur d'un tel système 1 Malheureusement ces entrevues ne pouvaient avoir lieu qu'à

necticut . V. Lire and Correspondence or S. Johnson, by Edwards Beardsley New-York, 1874. Cet ouvrage est extrêmement précieux pour 1 histoire de la philosophie idéaliste au xviiie siècle. M. Beardsley a eu entre les mains d'abondants manuscrits de Johnson, dont Chandler n'avait pas eu connaissance.

1. La même université devait, en 1743. lui conférer à Tunanimité le grade de docteur en théologie.

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