Lettre de Johnson, du 15 avril
» raît une sorte de spinozisme * . » Le coup était bien porté, mieux même que ne soupçonnait Colden. Cette accusation, en effet, que Ton verra dans la suite tant de fois renaître, compromettait bien autre chose encore que la causalité spirituelle admise par Malebranche et Berkeley. Le trait frappe et ébranle le système entier de l'idéalisme absolu, qui, parce qu'il ne laisse subsister dans le monde que la Pensée et la Volonté créatrices, semble ne pas distinguer entre l'œuvre des sept jours et son auteur. Le Panthéisme : tel serait donc Técueil où se brise fatalement la philosophie immatérialiste! A la menace d'un tel naufrage, comment des hommes d'Eglise ne se sentiraient-ils point pris de frayeur ?
Johnson ne s'émeut pas et, avec une rare dextérité, il détourne bien vite le redoutable argument. Son correspondant l'a mal entendu. Quand il parlait de l'opération immédiate du Tout-Puissant, il n'entendait nullement que rien n'agit indépendamment d'elle, car c'eût été mettre en question s'il existe des êtres en dehors de Dieu et de nos idées. « L'évêque Berkeley, pas plus que moi, n'a jamais » révoqué en doute l'existence ou les actions d'autres » esprits inférieurs créés, agents libres et sujets du gou- » vernement moral. Tout ce qu'il soutient est qu'outre ces » deux sortes d'êtres, l'une active, l'autre passive, il n'en » est point de troisième ; qu'il n'y a d'êtres actifs que ^^ l'Esprit, la Divinité et l'intelligence créée; d'êtres pure- » ment passifs, que les objets des sens ; que nul médium » agissant n'intervient entre les actions de la Divinité et » nos Esprits. . . Voilà selon moi les premiers principes de