Ibid
nettement tranchée. Il soumet les notions à la même causalité productrice que les idées. Celles-là, pas plus que celles-ci, n'ont pour auteurs les esprits qui les reçoivent ; les secondes comme les premières, ont, dans l'activité de Dieu leur origine. Les notions, telles que Johnson les définit s'ont de véritables sensations intellectuelles imprimées en nos âmes par le même sceau qui y marque nos sensations organiques. Si nos esprits possèdent les unes et les autres, c'est « grâce à un perpétuel commerce avec le Père
» suprême, l'Esprit. »
Les idées proprement dites comportent des degrés différents Ce sont d'abord les simples perceptions que nos organes nous font avoir des objets ab extra. Chaque sens a les siennes, qui lui appartiennent en propre : le toucher a la résistance, l'étendue, la figure, le mouvement, etc. ; la vue a la lumière, les couleurs, et ainsi des autres. Ces idées simples se prêtent à une extrême multiplicité de combinaisons fixes ou idées composées. De là provient cette variété des corps individuels dans la nature : homme, cheval, arbre fruit « Et, de toutes ces diverses combinaisons reliées >> ensemble de manière à composer un très beau, très utile „ et harmonieux Tout, se compose ce que nous appelons » l'universelle Nature ou le Monde entier, sensible et na- „ turel • » En ceci, Johnson innovait : il semblait admettre nue ces idées composées, celle même d'un univers, laquelle synthétise toutes les autres, étaient déposées telles quelles "en nos esprits par la même cause efficiente de qui nous tenons toute impression sensible. Berkeley, avec plus de prudence, avait laissé pendant le problème de leur forma-
\. Même ouvrage, ch. i, § 6.
tien, et ses derniers écrits permettaient de sous-entendre que des opérations intellectuelles déterminées devaient en avoir préparé la perception par Tesprit.
Simples ou complexes, « les idées ou objets des sens » ne peuvent nous venir que d'une cause toute puissante. Or, dans la connaissance qu'ils en obtiennent, nos esprits restent entièrement passifs. Donc l'existence de Dieu est d'ores et déjà démontrée K Mais, par delà ces idées, faut-il supposer des modèles dont elles ne seraient que les reproductions éphémères ? Oui, si Ton veut se perdre en un scepticisme inextricable. En effet, « il nous est impossible » de concevoir ce qui est hors de nos esprits, ce que sont « ces originaux prétendus et si ces idées que nous avons » en offrent ou non de justes ressemblances-. »
Gardons-nous donc de distinguer entre les objets des sens et les choses réelles. Convenons que « toute la réalité » de celles-ci consiste dans leur stabilité, leur consistance, )) c'est-à-dire dans le fait qu'elles soient, d'une manière .. constante, déployées à nos esprits ou produites en eux, « dans le fait qu'elles soient maintenues en des connexions » mutuelles, conformément à des lois naturelles fixes que >> le suprême Père des Esprits s'est établies à lui-même, « qu'il suit dans son action permanente sur nos esprits et » dont il s'interdit de dévier, sauf en des occasions ex- » traordinaires, comme dans le cas des miracles. »
Au premier rang des lois naturelles qui gouvernent les séquences de nos perceptions, il faut placer celle qui associe aux impressions de la vue les perceptions du toucher. Les premières, si absolument distinctes des secondes, ne les en