‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 202 sur 235 · Réponse de Johnson · texte numérisé non relu

Réponse de Johnson

Descartes et qui préside au système de Berkeley comme au sien.

La philosophie des Éléments fit plus d'un prcsélyte parmi les jeunes universités Américaines. Si elle échoua devant le grand public, la faute en est aux circonstances dans lesquelles elle se produisit. Un monde à peine né, en qui la vie s'éveille et qu'anime l'impatience jalouse de conquérir sa place au soleil, n'a pas la quiétude et le recueillement indispensables pour se complaire aux hypothèses transcendantes d'un spéculatif. Son attention se porte ailleurs : vers l'agitation, vers la lutte. L'origine, l'essence de nos idées, ce sont là des problèmes qu'il remet à un autre temps. L'antithèse de l'esprit et des choses n'intéresse pas encore sa curiosité, toute concentrée, pour l'instant, sur le fait et l'action. Quand les sociétés auront assis leurs institutions, assuré leur lendemain, les lettres et les arts pourront fleurir, la spéculation la plus raffinée aura pleine licence de se donner carrière. Jusque là, les choses du dehors occuperont et inquiéteront les âmes, de préférence aux mystères de la vie intérieure. Les nations aussi ont pour premier souci d'exister. Il faut d'abord vivre : on idéalisera et immatérialisera ensuite tout à loisir.

A Londres, le manuel de Johnson paraissait en un moment non moins inopportun. De plus en plus, la philosophie de l'esprit perdait en Angleterre du terrain. Le pur sensualisme prenait sa revanche et l'heure avait sonné où l'analyse phénoméniste devait déduire des doctrines chères à Philonoiis et Euphranor un scepticisme radical. Encore si les Eléments de philosophie avaient présenté l'immatérialisme sous un tout nouveau jour! Si, par un effort d'originalité, l'auteur de Noetica eût inau-

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gnré, pour la défense du Berkeleyisme, quelque dialectique ignorée ! Peut-être l'attention générale s'y serait-elle arrêtée et le déclin du système en eût-il été ralenti !

Mais non. Johnson s'était tellement identifié à son maître qu'il semblait ne faire que le commenter et de la manière dont Berkeley se fût commenté lui-même. Rarement on vit écrivain entrer à ce point dans la pensée de son modèle et en revêtir aussi exactement la personnalité. On croirait que l'auteur à'Alciphron se soit, en quittant la terre Américaine, dédoublé ; qu'il y ait donné naissance à un autre lui-même, partageant sa foi, parlant son style, voyant toutes choses sous le même angle, raisonnant, discutant, concluant, comme lui-même ou avait fait ou aurait dû faire. Que si, de temps à autre, son Sosie amende ou parfait ses conceptions, c'est dans le sens précis que commandait la logique intérieure de sa méthode et de son hypothèse propres. Jamais peut-être philosophie n'exerça sur un admirateur, lui-même subtil et exercé, un ascendant aussi absolu. Il y a, en vérité, une originalité relative à se pénétrer aussi profondément de principes que l'on emprunta et à mieux comprendre les exigences d'une hypothèse, à leur donner plus entière satisfaction, que n'avait

fait l'inventeur.

Johnson ne s'était pas seulement approprié de son grand ami les croyances, les démonstrations, les méthodes dialectiques, l'expression élégante et imagée. Il l'imita encore dans sa vie et dans son caractère. Travailler au bien des hommes fut également sa constante ambition. Le même zèle philanthropique ne cessa jamais de l'enflammer. Son premier biographe nous assure, avec une naïveté touchante, que Johnson, s'il eût pu, aurait rendu toute créa-

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ture humaine complètement heureuse. Et quel admirable ëloge que ce mot de Beach : « je puis le dire sans hyperbole. » je ne sache pas avoir jamais conversé avec lui sans m'étre » ensuite trouvé meilleur ' 1 »

Quand arrivent ses derniers moments, c'est encore le souvenir et l'exemple de l'évêque de Cloyne qui occupent l'esprit de ce parfait disciple. Le jour même où il allait s'éteindre, il s'entretint de son maître. « Il exprima le vœu, dit » Chandler, qu'il lui fût donné de ressembler, en la ma- » nière de sa mort, à son bon ami l'évêque Berkeley, qu'il » avait grandement aimé et dont il avait toujours^ estimé » heureuse la fin. » Presque aussitôt, il expira. C'était le 6 janvier 1772, jour de l'Epiphanie.

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