A faithful narrative, . ., § m
rainsS si c'est un homme de chair et de sang qui a pu, par exemple, prononcer lY^pouvantable sermon dont le titre seul est un défi à la pitié : les méchants, uniquement utiles en ce qu'ils seront détruits. Veut-on connaître rune de ces utilités auxquelles par sa seule ruine contribuera le pécheur ? Ecoutons Edwards : « Quand les » saints dans le ciel jetteront leurs regards sur les damnés )> dans l'enfer, ils en éprouveront mieux le sentiment de » leur propre bonheur. . . Quand ils regarderont les dam- » nés et en verront la misère, comme le ciel retentira de » louanges célébrant la justice de Dieu à l'égard des mé- .j chants et sa grâce envers les saints ! Et combien d'un )) plus vaste cœur encore ils glorifieront Jésus-Christ leur )) Rédempteur d'avoir bien voulu mettre en eux son )) amour, son amour expirant ! De les avoir distingués » jusqu'à verser son sang et offrir son âme en sacrifice « afin de les racheter de cette misère et de les porter à une ). telle félicité * ! » Insensibilité de sectaire, égoïsme de fanatique, vraiment indignes de la belle âme en qui la folie de système pouvait à ce degré tarir les sources de la charité! Combien plus humaine, l'attitude qu'en son Jugement Dernier Michel-Ange a prêtée à la mère du Sauveur, quand il ra peinte suppliante et éplorée à la vue du Christ Justicier qui repousse et précipite les contempteurs de sa Loi 1 Cette théologie de fer, comme il arrive si souvent aux doctrines violentes, remuait bien plus fortement les cœurs que n'eût fait une prédication aussi éloquente, mais plus
1. Leslib Stephen, Bours in Lilrary. V. le chapitre sur J. Edwards, que cet écrivain étudie exclusivement au point de vue théologique et moral.
2. Wicked raen me fui in their Destruction only. Texte pris d'Ezek., xv, 2-4. Ce sermon est daté de juillet 1744.
mesurée K. Les Églises sollicitaient de toutes parts le concours d'Edwards. Ses publications n'obtenaient pas moins de succès que ses homélies. Quelques-unes devinrent de véritables bréviaires aux mains des ministres ÉvangéUstes : ainsi, ses Pensées sur la renaissance religieuse de la nouvelle Angleterre en iliO. D'autres, par rétroitesse de la sélection qu'il y instituait pour discerner et admettre les parfaits croyants « au repas du Seigneur, » soulevèrent d'orageuses controverses. Son traité des Quamcations , . . pour la Com7nunion\ où étaient posées des règles trop rigoureuses, en vue de prévenir l'introduction dans l'Eglise chrétienne de membres sur qui la grâce ne serait pas descendue, déchaîna la tempête. Le Conseil assemblé l'accusa d'avoir altéré les prescriptions de l'Écriture et causé un grand trouble parmi le peuple dont il avait la garde. Edwards dut donner sa démission. En 1751, il accepte à Stockbridge le poste de ministre que lui avait offert la
Congrégation.
C'est vers ce temps que ses réflexions furent plus particulièrement appelées sur le problème dont il devait populariser une solution si radicale : l'âme humaine est-elle, comme le prétendaient les écrivains Arminiens, douée de libre arbitre ? Depuis longtemps son opinion était faite à ce sujet. Mais il n'avait pas eu encore à la formuler systé-, matiquement. Réfuter les partisans du libre arbitre ; établir
1. . Dans les choses de religion, remarque Hume excellemment, les . hommes prennent plaisir à être terrifiés et nuls prédicateurs ne sont si po- . pulaires que ceux qui excitent les plus horribles et les plus sombres pas- » siens. » {Tr. naî. htm., part. III, § 9.) . 2. An humble Inquiry into the rules of the word of God concermng ihe Qualifications reqvAsite to a complète standing and full communion in the visible Christian Church, 1746.
412 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVlll' SIECLE
que cette notion, bien loin d'être requise par nos concepts de devoir et de vertu, de responsabilité et de sanction, eu entraînerait au contraire la négation formelle; substituer à cette idée contradictoire le principe, aussi satisfaisant pour le métaphysicien que pour le psychologue, d'une néGessUé morale : tel fut l'objet de sa Recherche sur la liberté du Vouloir, celui de tous ses livres qui obtint le plus de célébrité *. On n'a jamais dépensé au service de la cause déterministe une argumentation plus variée et plus pressante. La réduction à l'absurde de la liberté dite d'indifférence y est menée de main de maître. La parfaite compatibilité des conclusions nécessitariennes avec les principes théoriques et pratiques sur lesquels repose toute morale y est défendue avec un art que ni Hume, ni Bentham, ni St. Mill, n'ont
surpassé.
11 serait long de suivre Jonathan Edwards dans le détail de sa vie de missionnaire. Son ardeur infatigable à prêcher la pure foi apostolique lui valut bien des encouragements et de fortifiantes félicitations. En 1757, il fut élu pour succéder à Aaron Burr % comme Président du collège de Princeton. Sur les instances des trustées, il se résolut d'accepter ; mais, peu de temps après qu'il avait pris possession de son poste, il tomba malade de la petite vérole et mourut le 22 mars 1*758, en pleine connaissance, l'esprit serein et le cœur allègre, tout à l'espérance de paraître devant ce Dieu dont il avait si éloquemment dit les menaces et en qui, peut-être, durant cette suprême crise, il
1. Acareful and strict Inquir y into the modem prevailing notions of that Freeuom op Will, which is supposed to be essentiai to moral agency, virtue iind vice, reward and puntshm>int, praise and blâme.