Place of Minds
l'axiome par lequel Malebranche avait devancé la psychologie contemporaine*.
III. Mais nous savons que toutes nos ressources mentales ne se limitent pas aux idées reçues par le canal des sens et dont nos perceptions ont été ou l'occasion ou la cause. Il en est d'autres, auxquelles leur généralité et leur haut degré d'abstraction prêtent une importance exceptionnelle. Sur l'origine et l'essence de ces dernières, les idéalistes se sont, comme l'on sait, partagés : les uns inclinant à leur reconnaître une valeur transcendante, les autres ne leur assignant qu'une provenance phénoménale. En ce désaccord, de quel côté le rédacteur du Mind s'est-il rangé?
Il serait difficile de répondre en toute assurance et force nous est de convenir que, prises au pied de la lettre, les Notes donnent successivement raison aux deux thèses adverses, à la nominaliste aussi bien qu'à la réaliste. Pcir maint endroit, Jonathan Edwards, retraçant la genèse de nos idées universelles, ne raisonne pas autrement que ferait un élève de Hobbes. Une secrète faculté d'associer instinctivement les images perçues ensemble explique, à son avis, la formation en nous de ces notions. « Si une personne « étrangère à la terre voyait un homme et s'entretenait y> avec lui; si, longtemps après, elle rencontrait un autre » homme et s'entretenait avec lui, l'analogie exciterait )> immédiatement en elle l'idée de cet autre homme et ces » deux idées se trouveraient ensemble dans son esprit pour )) le temps à venir, oui, en dépit d'elle-même. Qu'elle en vît
1. Cf. notamment, Malebranche, VII^ Entretien métaphysique. D'ailleurs et Edwards et Malebranche conçoivent la possibilité pour l'àme d'un état séparé, mais en des conditions dont nous sommes ignorants.
« un troisième et qu'après elle en trouvât des multitudes, « il y aurait un genre, ou une Idée universelle formée dans » son esprit, naturellement, sans son aveu ni dessem ' . » Les psychologues associationnistes s'empresseraient d'applaudir. Et, en fait, c'est bien selon les procédés de cette Ecole qu'Edwards analyse nombre de nos idées , par exemple, celles d'espace, de nombre, de durée, de venté môme, qu'avait particulièrement tenues en honneur 1 école
a priori. , .
L'espace n'est imaginé par nous que coloré. Otez de notre esprit la couleur, nos idées d'étendue et de mouvement nous abandonnent aussitôt. « Quant à l'idée qu'un aveugle- „ né pourrait se former de l'Espace, de la Distance, du „ Mouvement, ce ne serait rien qui ressemble à ce que nous „ appelons de ces noms. Tout ce qu'il pourrait se repré- » senter ne serait que certaines sensations ou impressions ,, qui, en elles-mêmes, ne ressembleraient pas plus a ce « que nous désignons par Espace, Mouvement, etc., que la >, douleur causée par l'égVatignure d'une aiguille ou les per- „ ceptionsdugoûtetdeTodorat»-...» Cet aveugle-né ne se figurerait le mouvement que sous la forme d'une succession de ses sentiments, selon leur ordre de durée. Que l'esprit considère une suite de diflérences entre ses idées et y mette un ordre, la notion de nomhre prendra naissance en lui. Cette suite elle-même lui donnera la notion du temps . Qu'il remarque l'affaiblissement de certaines idées qm « se >. fanent et vieillissent », il les reconnaîtra comme passées .
ï m^t'i CoroU. C'est la tt^se „>.,ne de Berkeley.
Enfin une analyse également obtenue a posteriori nous édifiera sur le sens qu'il convient d'attacher aux mots de vrai et de faux. « La vérité est la perception des relations y> qui sont entre les idées. Le faux est la supposition de yi relations inconsistantes avec ces idées elles-mêmes, non » leur agrément avec les choses du dehors. Toute vérité » est dans l'esprit et seulement là *. »
Jusqu'ici, Jonathan Edwards a raisonné en phénoméniste et l'origine acquisitionnelle de nos plus précieuses notions n'a point paru faire doute pour lui. Mais feuilletons à nouveau le Mind et nous verrons se dessiner non moins nettement la thèse de Tinnéité. Chacune des réductions sensualistes que nous venons d'énumérer a, dans les Notes d'Edwards, sa contre-partie expresse où la méthode a priori reprend bien l'avantage. Ainsi le même psychologue qui ramenait toute étendue à une succession de perceptions de couleurs, nous déclare par ailleurs que l'espace, <( en tant que » nous en avons une idée simple, est un être nécessaire "-. » De même, à la définition du Vrai qui nous était donnée tout à l'heure, en succède une nouvelle qui nous transporte, loin de l'expérience, vers le Platonisme le plus éthéré : « La » Vérité, en général, peut être définie la concordance et n l'agrément de nos idées avec celles de Dieu. » Et, revenant par un léger circuit à son idéalisme fondamental, l'auteur ajoute que, si on lui demande en quoi consiste le vrai par rapport aux réalités hors de nous, il répondra : « la vérité, quant aux choses extérieures, est la concor- » dance de nos idées avec ces idées ou cette suite et série » d'idées qui sont suscitées dans nos esprits, selon l'ordre