‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 218 sur 235 · C'est l'avis de M. Fisher · texte numérisé non relu

C'est l'avis de M. Fisher

lisme ; qu'il eût également pris connaissance, soit par Malebranche lui-même, soit par Norris, du système de la Vision en Dieu? Les rapprochements avec cette hypothèse renommée, pour laquelle Johnson nous a marqué son admiration, s'imposent au lecteur du Mind, Par instants, Edwards parle le langage de la Recherche de la Vérité. Il en a du moins, ce semble, adopté la notion angulaire : celle d'un Esprit divin en qui nous lirions les vérités éternelles au même titre que les réalités contingentes et de qui l'activité ferait notre être aussi bien que notre vouloir. Cependant, si séduisante cette supposition soit-elle, on ne saurait dissimuler que les preuves positives lui font défaut, puisqu'enfîn Jonathan Edwards ne se réfère nulle part à Malebranche, pas plus d'ailleurs qu'il n'a mentioimé Berkeley.

V. En lisant le Mind et les Notes sur la Science Natu- 7^elle, on s'attendrait qu'une doctrine philosophique dont Edwards se montra, durant la première période de sa vie, si profondément imbu, eût plus tard à nouveau sollicité sa plume et qu'il y eût dépensé l'effort de sa maturité. Il n'en fut rien. Le projet qu'annonce le Mind ne fut pas mené à fin et les tendances hardiment immatérialistes qui s'accusent en ces fragments ne se donnèrent nulle part ailleurs satisfaction. Emporté par les passions du temps et par sa fougue propre dans les luttes de la théologie sacrée, Jonathan Edwards -se détacha des abstraites discussions qui l'avaient un instant captivé. Répudia-t-il entièrement ses convictions métaphysiques d'autrefois ? Toutes traces de son primitif système sont-elles absentes de ses écrits et de ses sermons? M. Fisher ne le pense pas. A défaut de claires citations et de références nominatives, il lui semble

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surprendre une allusion au Berkeleyisme en ce passage du discours posthume d'Edwards sur le Péché Originel, l'un de ses plus farouches écrits : « Le cours de la nature, ainsi » que le démontrent les récents progrès de la philosophie, » est certes ce que notre auteur dit lui-même qu'elle est, à » savoir seulement l'ordre établi que respecte l'entremise )) et l'opération de l'auteur de la nature. » Un peu plus bas, la même idée reparaît : « Là où le mot nature est accordé » sans conteste, on ne signifie rien de plus qu'une mé- » thode établie et un ordre d'événements institué et li- .) mité par la divine sagesse K » Mais cette vue n'est pas spéciale à Edwards, qui l'attribue lui-même à l'adversaire contre lequel il dispute, c'est-à-dire à l'arminien Taylor. La philosophie Cartésienne l'avait, on peut le dire, vulgarisée et nous savons qu'en la faisant sienne, Berkeley avait suivi l'exemple de ses grands devanciers. « Les » récents progrès de la philosophie » que mentionne Edwards peuvent assurément désigner cette doctrine déjà classique, comme ils peuvent constituer une allusion bien plus générale.

C'est dans le moins exclusivement théologique de ses écrits, en sa célèbre Inquiry on the FreedQm of ihe Will, qu'il serait naturel de rechercher les vestiges de l'idéalisme résumé dans le Mind. Presque partout, l'auteur y parle la langue du réalisme courant, comme s'il y avait effectivement un monde extérieur et comme si les objets de la perception possédaient hors de l'esprit une réalité.

1. The great Christian Doctrine of original Sin defended. Part. VI, chap. II. M. Fisher eut pu aiouter que, dans le Traité sur la Liberté du Vouloir, Edwards parle également de ces connexions invariables qui existent entre la volonté humaine et ses antécédents, mais c'est pour en tirer argument contre le libre arbitre.

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Mais, de cela même on ne saurait rien induire, puisque nous avons appris par le Mind que l'immatérialiste avait le droit absolu d'employer, sans se démentir, le style de tout le monde. Tel avait aussi été l'avis de Collier et de Berkeley. Cette tyrannie du langage établi est, au reste, dénoncée par Edwards, dans le présent traité, avec la même vivacité qu'avaient mise ces deux philosophes à en signaler les maux. « Le langage, dit-il, est très pauvre en )) fait de termes bons à exprimer avec précision la vérité ); concernant nos propres esprits, leurs facultés et leurs D opérations. Les mots furent d'abord formés pour expri- » merles choses extérieures et ceux que l'on applique à )) exprimer des choses internes et spirituelles sont presque » tous empruntés et employés dans une sorte de sens figu- » ratif. De là, pour la plupart, l'extrême ambiguïté et le « vague de leur signification.../ ^) Que faire, sinon de nous plier à un joug qu'il serait au-dessus de nos forces de secouer? Le tour réaliste de l'expression dans V Inquiry ne serait donc nullement la preuve qu*Edwards professât le matérialisme du sens commun.

Si l'idéalisme est demeuré (ce qu'en l'état rien ne nous atteste,) sa pensée de derrière la tête, le moraliste de la Recherche sur le Libre Vouloir n'a pas du moins subordonné le système à l'arbitraire divin, comme firent Berkeley et Johnson. Son Dieu n'a rien d'un autocrate de qui le sic volo, sic jubeo, crée la vérité qui prétendra ensuite à nos respects. Loin de là ; pas plus que l'homme. Dieu ne possède un libre arbitre dont le caprice lui tiendrait lieu de raison. La loi absolue du déterminisme moral ne régit pas

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