Ibid., ibid
Il en va de môme d'un procédé dont les écrivains réalistes ont, jusqu'en ce siècle, abusé et qui consiste à ridiculiser le système par la simple substitution, dans le langage familier, du mot idée au nom de la chose réelle que l'on veut dire. Ici encore il faut réclamer pour Baxter la priorité : « Je » demande quelle sorte de philosophie constitueraient des » propositions comme celles-ci :... les idées des espaces » parcourus par une idée qui tombe, sous Vidée de son » propre poids, sont comme les idées des carrés des idées » du temps : car ici tout doit être exprimé par idées, leurâ » objets étant impossibles ^ » Un pareil style serait, en effet, plaisant et en voici l'unique raison : tandis que l'on a l'idéalisme sur les lèvres, le réalisme, dans cet exemple, demeure au fond de la pensée. Derrière ces idées que j'appose à chaque nom de chose, je m'obstine à voir la chose elle-même, distincte et indépendante de la notion qui la désigne, et je m'amuse d'entendre que l'on fait jouer à la notion le personnage de l'objet. Or, cette arrière-pensée secrète est la négation même de la thèse Berkeleyenne, d'après laquelle l'idée se confond avec la chose elle-même». Bref il est facile de rire aux dépens de l'immatérialisme surtout si l'on a d'abord pris soin de le défigurer.
N'exagérons rien cependant. Toutes les objections de Baxter ne sont point aussi frivoles. Il en est dans le nombre qui mériteraient d'être retenues, parce que, si faiblement déduites qu'elles paraissent, elles mettent à découvert les points vulnérables de l'hypothèse. Ainsi, quand l'écri-
1 An "Enouinh etc., ilid.-i S 20.
2 En En 'de compte, la grande ^isconr.ep,ion de Ba.ter cons.ste en ce qu'il 3'opiniâlre à traiter comme fevr(smtatioes les idées, alors que Berkeley les a conçues comme prisentathes.
GEORGES LYON
vain réaliste met son adversaire en demeure d'appliquer à resprit la méthode d'élimination sous laquelle a succombé la notion de matière; lorsqu'il lui remontre que « VactivUé )) et la perceptivité, seules propriétés grâce auxquelles » nous inférons l'existence de la substance spirituelle, ne » sont point cette substance, mais des qualités lui apparte- » nant, non plu» que la figurey le mouvement, etc., ne sont » la chose corporelle S » on ne saurait méconnaître qu'il anticipe l'un des plus redoutables assauts auxquels l'immatérialisrae devra faire front. Si le raisonnement est valable, continue Baxter, lorsqu'il s'agit de la substance matérielle, il ne garde pas moins de force à l'égard de toutes les autres substances, à commencer par la Divine? Mais le polémiste s'en tient là ; il ne songe point à porter plus avant la guerre sur les terres ennemies. Or, dans les termes généraux où il les énonçait, ces deux difficultés, relatives, l'une à l'existence spirituelle en général, la seconde à l'être divin en particulier, n'avaient rien d'insurmontable. Car enfin Berkeley eût pu répondre que la réalité, tant des âmes particulières que d'un Dieu créateur, résultait en toute évidence à ses yeux du principe de causalité. Chaque volition a son origine dans une âme et l'agencement symbolique des idées sensibles que la nature dispose devant nous ne peut être dû qu'à un auteur parfait. Que l'on commence donc par ruiner la notion causale, au risque il est vrai de tout engloutir, pensée et choses, dans un nihilisme logique. Ou, si l'on ne l'ose, que l'on reconnaisse enfin à l'idéaliste le droit d'affirmer et des âmes et un Dieu.
IIL Ce parti radical, auquel Baxter n'avait point su