‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 225 sur 235 · An Hnquiry. Ibid · texte numérisé non relu

An Hnquiry. Ibid

se résoudre, est celui qu'allait prendre, peu d'années plus tard, non un détracteur de la méthode Berkeley enne, mais le philosophe môme qui devait le plus intrépidement peutêtre la mettre en œuvre. C'est en 1739 que parurent les deux premiers livres de ce Traité de la Nature Humaine dont l'insuccès rendit Hume si injuste dans la suite pour celui de ses écrits où ses admirateurs s'accordent à chercher l'expression la plus achevée de ses vues et qui restera, malgré lui-même S son chef-d'œuvre. L'évêque de Cloyne en eut-il communication? Si oui, il dut se sentir charmé et terrifié tout ensemble : il était trop épris d'exquise dialectique pour ne pas apprécier la subtilité sans égale avec laquelle le nouvel analyste mettait en pratique un art dont il avait lui-même si bien connu le secret. Comment, d'autre part, ne point être pris d'effroi devant ce travail d'universel émiettement, conduit selon les procédés et conformément aux règles dont il avait été, autant, sinon plus que Locke, le législateur?

Oui, David Hume continue Locke, en ce sens que, tout comme l'auteur de Y Essai, il fait dériver d'éléments exclusivement sensibles ce qui est intellectuel en Thommeet en ce que la perception aidée de la réflexion engendrerait, s'il faut l'en croire, toutes nos connaissances. Mais il est, par-dessus toutes choses, l'héritier de Berkeley 2, à tout le moins duBer-

1. V. An :Enquiry concerning himaii Understanding > Dans soa Averlissement au lecteur, Hume s'excuse de l'erreur qu'il commit en publiant son précoce Traité.

2. Cette inQuence de Berkeley sur Hume est mise en lumière par M. Compayré dans sa Philosophie de David Hume (ch. i.) Elle n"est pas moins expressément signalée par Th. H. Green qui va jusqu'à dire, dans sa pénétrante Introduction aux œuvres de Hume : « 11 écrivit en ayant » constamment Berkeley devant l'esprit. » (Introd. i).

keley des Principes et de VAiciphron. Locke avait admis des corps, reconnu des suhstrata matériels; Hume rejette absolument corps etsubstrata. II s'en tient à nos idées perceptives, seule réalité dont nous prenions possession. Un monde objectif qui s'étendrait à l'infini, parallèlement à nos notions, serait une superfétation dont il ne veut à aucun prix ' et qui ne doit point trouver place dans son sensualisme. Tout être que j atteins par la perception ou le raisonnement ne consiste qu'en mes impressions. Mais des impressions sont des modalités mentales. Il n'y a donc nulle impropriété à nommer le phénoménisme de Hume une pliilosoplue de l'âme. Par là ce fin psychologue se rattache directement à la tradition cartésienne. Il est, à maints égards, un arrière-neveu de ce Malebranche, pour qui ses Essais témoignent d'une si haute estime - et auquel il a fait en ses écrits, ce nous semble, plus d'un emprunta Seule-

1 . La philosophie nous informe que toute chose qui apparaît à Vesprit . n'est rien qu'une perception, qu'elle est discontinue et dépendante de . l'esprit; tandis que le vulgaire confond perceptions et objets et quil . attribue une existence continue, distincte aux choses mêmes que nous sen- .tons... «Hume. A Treatise of human nature, Part. IV, §2. Cf. An Enquiry conc, hum, Vnd. XII, part. I.

2 Établissant, dans les premières pages de son Hnquiry, un contraste entre la philosophie facile qu'attendent tous les succès et la philosophie abstruse, moins en faveur devant le public ; entre l'éclat présent du nom de Cicéron et l'éclipsé actuelle du nom d'Arislole. il ajoute : « La Bruyère . passe les mers et maintient toujours sa réputation ; mais la gloire de Male- . branche est confinée à son propre pays et à son propre siècle. » (^ 1.)

3 En voici deux exemples : A la fin de la part. 1 de son Traité, Hume parlant de la rapidité avec laquelle l'imagination suggère les idées a 1 instant même où l'esprit les réclame, montre cette faculté « courant d un . bout à l'autre de l'univers et rassemblant ces idées qui appartiennent a . un sujet. On croirait que le monde intellectuel tout entier était soumis a . notre vue. » C'est presque, en propres termes, l'explication psychologique qui valut à Malebranche, de la part d'Arnauld, tant de lazzis. Dans la partie suivante, (§ 5,) s'annonce une psycho-physiologie de l'erreur, qui rap-

ment, partout où le métaphysicien de l'Oratoire écrivit : intelligible, c'est : sensible, que devait lire cet infidèle imitateur.

Locke avait prêté à la pensée un certain pouvoir d'abstraire et il avait paru reconnaître aux objets sur lesquels portent nos généralisations une semi-réalité, ouvrant ainsi la porte toute grande aux entités des rationalistes. L'analyse par laquelle Berkeley résolvait ces abstractions prétendues en de simples idées particulières, auxquelles l'annexion de termes procurerait une signification plus extensive, est littéralement adoptée par Hume, qui déclare cette réduction « l'une des plus importantes découvertes opérées dans la » République des Lettres ». » Dans le Traité de V Esprit Humain, cette théorie des idées abstraites a une extrême importance; elle est, avec l'énoncé des lois d'association et du principe d'habitude, la clef qui ouvre les principales difficultés : le problème de l'étendue sensible, notamment, se résout par elle de la manière la plus aisée du monde et sans qu'il soit nécessaire de recourir ni, comme les uns, à une sorte de géométrie innée à l'homme, ni, ainsi que les autres, à un universel jeu d'emblèmes que le bon vouloir de la Providence perpétuerait devant nos yeux ^ Mais, tandis que « le grand » philosophe « dont il se réclame ^ s'est arrêté à mi-chemin,

pelle d'extrêmement près les pages die lai Recherche de la Vént(^o\x nous avons trouvé une description physiologique de l'Imagination. Dans VEjiçuinj, % 7, Hume analyse l'idée de connexion nécessaire et c'est, selon toutes probabilités, à un Eclaircissement de Malebranche qu'il emprunte le thème de sa discussion contre la théorie qui fait remonter à Dieu seul la production de tout effet. Mais ici il ne se souvient de Malebranche que pour le réfuter.

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