‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 230 sur 235 · Part. IV · texte numérisé non relu

Part. IV

» certains intervalles. La perplexité qui naît de cette contra- » diction produit une propension à unir ces apparences par » la fiction d'une existence continue. » A supposer qu'il y eût identité entre nos sensations, le dogmatisme vulgaire n'en serait pas moins inexcusable d'admettre l'existence continue d'objets indépendants de nos perceptions, puisque ces dernières seules tombent sous nos prises. Combien plusThypothèse de cette continuité paraîtra gratuite, s'il est établi que de nos impressions aussi l'identité est absente et que l'universel devenir ne régit pas moins fatalement notre vie intérieure que l'existence hypothétique des prétendus objets ? Les philosophes ont beaucoup parlé du moi ; ils ont redit à satiété que nous percevions la continuité de notre existence et que ce clair sentiment de notre identité parfaite défiait la contradiction. Cet accord général n'en impose pas à Hume. Constant avec sa méthode, il demande de quelle impression pourrait bien découler l'idée du moi. — D'aucune évidemment, puisque la personne est, non pas une impression, mais ce à quoi l'on suppose qu'appartiennent impressions et idées. Or, tout objet irréductible à un fait impressionne! est non avenu pour l'auteur du Traité de la Nature Humaine. A cette entité réfractaire il manque la caractéristique et comme l'estampille du réel. Aussi bien, le témoignage du sens intérieur ne fait que confirmer ici la déduction. « Pour ma part, affirme Hume, quand j'entre » le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je ren- » contre toujours telle ou telle perception particulière de w chaud ou de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou » de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais à » aucun moment m'attraper moi-même sans une per- » ception et, hors de la perception, je ne peux rien obser-

» ver ' . » Qu'est-ce donc qu'un homme ? « Un faisceau ou » une collection de différentes perceptions qui se succè- » dent l'une à l'autre avec une inconcevable rapidité et » sont dans un flux et un mouvement perpétuels. » Que si, tenant pour non avenue la déposition de notre conscience, nous donnons tête baissée dans les notions d'un moi et d'une âme substantielle, c'est que, dans notre zèle de maintenir chez les divers objets auxquels nous rapportons nos sensations une manière de continuité, nous dissimulons les interruptions de nos propres perceptions sensibles. L'imagination n'est pas en cela, d'ailleurs, la seule coupable. Elle a pour complice la mémoire, faculté qui mesure la succession de nos perceptions et par ses seules forces réussit à fonder la notion d'identité. La mémoire invite bientôt la pensée à franchir les bornes entre lesquelles s'espacent les souvenirs de nos actions et à prolonger indéfiniment la permanence de la personnalité.

V. Ainsi s'est engloutie la planche de salut laissée, espérions-nous, au dogmatisme. Le monde des objets et l'efficace de Dieu ont été entraînés dans la même ruine : du moins il semblait que l'âme se restât à elle-même. Et maintenant, cette âme à son tour se trouve n'être qu'un dernier mensonge, qui va rejoindre dans le néant toutes les autres fables de la fantaisie ! Hors de nous, rien, au moins que nous sachions. Au-dessus de nous, personne, dont l'existence et l'action puissent être, nous ne disons pas prouvées, mais seulement conçues. Au dedans de nous, nul centre qui persiste identique à soi, comme un point immobile, parmi l'incessant va et vient des phénomènes. Tout le réel est

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