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relégué dans un je ne sais quoi qui passe entre un semblant de moi et un semblant de nature, sous l'empire d'un semblant de causalité. Ce je ne sais quoi d'insaisissable, d'ondoyant et de divers, l'analyse le décompose en perceptions dont ce que l'on appelle emphatiquement le moi n'est qu'un tas, un assemblage [a heap, a Umdle.] Dans ce je ne sais quoi, venu j'ignore d'où, se manifestent, je ne soupçonne pas comment, des affinités inexplicables, d'où naissent les soi-disant principes, axiomes, lois, archétypes, vérités éternelles, que définissent en phrases pompeuses les métaphysiciens. Mais tous ces grands mots, dont se farde notre ignorance, n'en imposent pas au penseur et, dès qu'il rentre en lui-même, il s'aperçoit que sa science n'est qu'expérience et que, sauf sa perception immédiate, il ne saisit ni vérité ni réalité.
On s'explique, après une telle dévastation, cette sorte de tristesse philosophique qui s'empare de Hume, au moment où il va clore ce terrible livre diQ V Entendement K Il s'effraye, tout le premier, du désert que sa critique a partout créé. Métaphysiciens, logiciens, mathématiciens, théologiens, il se sent abandonné de tous. Au-dehors, il ne découvre, déplore-t-il, que dispute, colère et calomnie ; au-dedans, il ne rencontre qu'erreur et ignorance. « Quand nous ramenons l'entendement humain à » ses premiers principes, nous trouvons qu'il nous conduit » à des sentiments qui semblent tourner en ridicule toutes » nos peines, toute notre industrie passée et nous décou- )) ragent de futures recherches. »
1. Part. IV, § 7. Cette conclusioa est fort belle et d'un sentiment très sincère. H s'en dégage, comme moralité, un conseil de modestie spéculative dont toutes les écoles peuvent assurément faire leur profit.
On s'est souvent demandé si Fauteur du Traité de la Nature Humaine et de la Recherche sur V Enteyidement avait délibérément fait œuvre de Pyrrlionien. Parmi ses admirateurs, les uns ont voulu qu'il se soit livré à une manière de jeu d'esprit; les autres, qu'il ait, de parti pris, dépeint, en le poussant au noir, le scepticisme intransigeant, afin de mieux détourner son lecteur des principes et de la méthode qui mènent au doute absolu. Et, de fait, on ne peut contester que son langage ne soit, par instants, bien sévère aux détracteurs de la science, aux matérialistes, aux athées. Parle-t-il des absolus sceptiques, c'est pour 'loG traiter « d'extravagants * » ; de l'hypothèse Spinoziste, il la taxe de hideuse ^ lia pour les dogmes favoris du théologien, tels que la vie future, des sollicitudes, vraiment adorables ^ Déniera Dieu une influence effective sur les créatures est une opinion qu'il taxe « d'impie » et d' (c absurde*.)) Dans une note d'allure mystérieuse, il souscrit à l'argument des causes finales en faveur d'une providences La bonne foi du Pyrrhonisme est mise par
1 Part. IV, § 2.
2 Ibid., % 5. . Ce fameux athée, • l'appelle-t-il en ce passage. Si l'on veut qu'il y ait en tout cela de l'ironie, ce serait une ironie que recouvre un voile singulièrement épais et qui se serait prise à son propre piège. D. Hume a sans doute la même prétention que tous les penseurs de son pays, (ainsi Dar^^•in. Spencer, St. Mill,) de philosopher aussi hardiment qu'il lui plaît, sans menacer en rien les croyances reçues.
3 Part, m, § 9, où il signale « l'universelle négligence et stupidité des . hommes à l'égard d'un état futur, où ils montrent une incréduhte aussi . obstinée qu'ils font une crélulité aveugle en d'autres occasions. . .»
4. Et cela au cœur d-î la discussion où il réduit à néant la thèse qui ramène à Dieu toute causalité ! [Ibid.^ % ^'^')
5 • La même imperfection accompagne nos idées de la Divinité ; mais . ceci ne peut avoir d'effet ni sur la religion, ni sur la morale. L'ordre de . runivers prouve un esprit tout puissant, savoir un esprit dont le vouloir . est constamment accompagné de l'obéissance de toute créature et de tout
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lui en suspicion et au cas où l'on s'informerait sMl adhère à la secte, voici sa réponse : « . . .Ni moi, ni personne ne )) fut jamais sincèrement ou constamment de cette opi- )) nion. La nature, par une nécessité absolue, nous a dé- » terminés à juger, aussi bien qu'à respirer et à sentir. . . )) Lutter contre le scepticisme, ajoute-t-il joliment, c'est » se battre sans antagoniste ». )) Dans ses Essais, il conseillera de mettre les Pyrrhoniens au pied du mur et de leur poser cette qtiestion péremptoire : que veulent-ils? Car, si on les prenait au mot, <c toute action cesserait im- » médiatement et les hommes tomberaient dans une lé- » thargie totale 2. » Un peu plus loin enfin, il se sépare de r « ingénieux Berkeley, dont les écrits forment les meil- » leures leçons de scepticisme qu'on puisse trouver, )) et dont les arguments ont ceci en propre « qu'ils n'admet- » tent pas de réplique et ne produisent pas la conviction. » Leur seul effet est de causer cet étonnement, cette ir- » résolution et cette confusion momentanée qui est le .) résultat du scepticisme. »
S'il en est ainsi, ce sera à nous de retourner à David Hume sa question : lui-même, que veut-il? Et à quoi tend son Traité? Une philosophie qui pulvérise l'être en phénoménalités subjectives, la science en impressions fuyantes, desquelles on ne peut avec assurance rien nier, ni rien affirmer, n'est-ce point là au premier titre ce que tout le monde appelle scepticisme? Ces malédictions que l'auteur
. être. . . » [Ibid.) Dans ce passage, il semble que l'illustre sensualiste se souvienne de Malebranche, qui appliquait de cette même manière et au mouvement des êtres inorganiques et à l'activité des créatures conscientes la loi des causes occasionnelles.