‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 232 sur 235 · Enpiirt/, etc., XII, part. II · texte numérisé non relu

Enpiirt/, etc., XII, part. II

GEORGES LYON

466 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVIIl" SIÈCLE

lance contre des conclusions qui, au total, ne diffèrent en rien des siennes propres, ces appréhensions qu'il manifeste, ces hésitations, ces tristesses découragées qui le prennent, ces appels réitérés qu'il fait au goût de l'action et au sentiment de la yie pour rejeter dans l'oubli ses négations spéculatives, comme on secoue au réveil l'obsession d'un rêve importun : ne serait-ce point là autant d'indices que Hume est sceptique, bien sceptique, plus sceptique qu'il ne pense, comme dit ce bouffon de comédie? Il exécute ce tour de force réclamé tant de fois aux Pyrrhoniens par leurs adversaires, de douter de son propre doute. Il est en cet état d'adoxie parfaite dont, à rencontre de Hamilton, son grand disciple Stuart Mill affirmera la fréquente réalité : alors que, dira-t-il, il nous arrive de n'être pas tout à fait certains d'être incertains.

Ironie des choses ! Ce scepticisme à outrance, si complet qu'il se renonce et se chasse lui-même, comme ces médicaments qui, selon le mot de Timon, s'emportent euxmêmes en emportant le reste, le dialecticien empiriste y parvient en suivant la méthode de l'homme qui professa le dogmatisme le plus ferme et qui mit sa gloire à couper toute retraite au doute irréligieux. Les maîtres Écossais, ces croyants aguerris ne s'y trompèrent pas. Par delà Hume, ils allèrent en droite ligne à l'évêque de Cloyne et, par delà le grand docteur Irlandais, ils visèrent Malebranche et Descartes, premiers fauteurs, estimaient-ils, de cette doctrine d'abdication. Qui donc, sinon ces illustres précurseurs, avait donné et le précepte et l'exemple du doute objectif? Qui donc, sinon eux, avait enseigné aux hommes à se passer du monde matériel extérieur , sans que la science humaine s'en ressentît? Ce doute, c'est en vain que

leurs disciples immédiats et qu eux-mêmes s'ingénièrent à le pallier. Un continuateur plus conséquent s'est rencontré qui s'y est tenu et qui, généralisant la méthode, a tiré de « Vépoque » cartésienne, héritée par Malebranche et Norris, transmise à Collier, Berkeley, Johnson, Edwards, son corollaire définitif : une maxime d'universelle incroyance.

Aussi, l'Ecole réaliste a-t-elle fait, de proche en proche, remonter la responsabilité de ces conclusions désolantes à quiconque professa la philosophie de Fidée. Si, aux mains de l'évêque de Cloyne, l'idéalisme dévia dans la direction sensualiste, on veut que la faute en revienne à Malebranche dont toute l'œuvre compose cependant une magnifique apothéose de la Raison ! Si, par une nouvelle dégradation, David Hume réduisit à néant et le principe de causalité et la prérogative divine et le moi conscient, on en accuse Berkeley, pour qui le concept de cause, la toute-puissance de Dieu, la réalité de la personne agissante dominaient toute discussion I

Dans cette dernière phase de l'évolution accomplie par l'idéalisme au xviii^ siècle, c'est peut-être la négation du moi et, par contre-coup, l'élimination de toute identité, qui précipita le plus violemment la philosophie analytique de Hume dans un scepticisme désespéré. Mais c'est peut-être aussi par ce point que cette même philosophie apparaît comme la plus vulnérable à son tour. Car enfin, comme l'a très bien vu un pénétrant commentateur, de cet écrivain S le concept d'identité une fois mis à l'écart, les explications développées dans le Trait'é de la Nature Humaine et

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