Chap. I
3. Burthogge est, comme l'a vu Hamillon, un des premiers d'entre les modernes qui aient affecté au mot idée le sens de concept. Parfois cependant il le prend au sens courant, celui d'image. Dans le passage actuel, ce mot paraît comporter une acception intermédiaire.
RICHARD BURTHOGGE 81
bien l'esprit s'aide des mots qui signifient les choses. « Les » mots remplacent dans nos esprits les images ou notions. » Nous ne pouvons penser à la chose ou à l'image sauf » sous ce mot qui la remplace *. »
Arrêtons-nous sur la notion, objet immédiat de l'acte appréhensif. On peut attribuer à ce mot deux acceptions.
On désignera par notion « toute conception que forme )> l'esprit en référence aux objets : ainsi prise, elle ne fait » qu'un avec une pensée ; elle est à l'égard de l'Esprit » ce qu'un sentiment, pris dans sa signification la plus » large, est à l'égard des sens. ^) Entre l'œil et l'Entendement l'analogie est grande. Aussi n'avons-nous pas plus de motifs d'admettre des Idées Innées dans l'entendement que nous n'en aurions de supposer dans l'œil des Figures et des hnages- originelles. Burthogge était un trop bon élève d'Oxford pour dire autrement. — On peut encore donner au mot notion un sens plus restreint et lui faire signifier « un modus concipiendi, une certaine » manière particulière de concevoir les choses qui ne leur V correspond qu'en tant que ce sont des Objets, non en » tant que ce sont des Choses... ;hien peu, s'il en est, des » idées que nous avons des choses, sont proprement des » P6'm^î<r^5; nos conceptions des choses ne leur ressem- )) blent pas plus en stricte propriété, que nos mots ne » ressemblent à nos conceptions qu'ils remplacent et avec » lesquelles ils ont une manière de correspondance. »
Ces deux définitions sont en réalité connexes et, dans la seconde, l'écrivain n'a fait que déduire et mieux com-
1. Ch. II, § 1. Peut-être faut- il voir ici quelque réminiscence de Hobbes, philosophe que Burthogge citera fréquemment dans cet ouvrage.