Chap. III
GEORGES LYON
82 L'IDÉALISME EN ANGLETEllUE AU XVIIl» SIÈCLE
menter la première. Nous appréheadons, selon lui, les choses sous certaines notions, tout comme nous voyons les corps sous certaines couleurs. Ces notions fondamentales, hors desquelles nous ne saurions pas plus comprendre que nous ne saurions voir hors de la lumière, seront l'être ',\a. substance ou Vaccldcnt, le tout ou la partie, la cause ou VefTet: en un mot, ce que les Péripatéticiens appellent les diverses catégories. De mémo que les couleurs n'existent point au delà de l'œil, les sons par delà l'oreille, ces concepts et les autres du même ordre ne sont que « des » Entités de raison conçues dans l'Esprit et sans exis- » tence réelle en dehors de lui - ».
D'où vient, dira-t-on sans doute, s'il en est de la raison comme des organes et de nos concepts comme des perceptions, que les hommes conviennent plus facilement de rillusion de leurs sens qu'ils n'avouent le mirage de leur entendement ? Peut-être cette différence tient-elle à ce que pour l'entendement la démonstration de cette commune erreur n'a pas été assez rigoureuse. Arrêtons-nous aux trois preuves suivantes et toute hésitation tombera :
Considérons d'abord que la raison n'a commerce avec les choses que par l'intermédiaire des sens. Or, ceuxci ne présentent que des apparences, non des peintures. Dès lors comment des conceptions, formées seulement à l'occasion des impressions sensibles et fabriquées de leurs matériaux 3 offriraient -elles de fidèles portraits
1. Le texte porte : Enili/ qui n'a point de sens, et vient évidemment d'une faute. On pourrait lire : Uniti/, importante catégorie. Nous avons préféré Entity, qui se présente tout naturellement en tête des catégories : celle d'Existence précédant toutes les autres.