‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 35 sur 235 · V. FoNTENELLE, Elogc de Malebranche · texte numérisé non relu

V. FoNTENELLE, Elogc de Malebranche

4. Méditations chrétiennes, viii, § 25. Aussi Nicole lança-t-il sur lui ce mot qui amusa : • C'est comme s'il disait que Dieu a donné le peuple juif » à gouverner aux anges au rabais des miracles. »

5. « La raison est de mise dans la religion. De prétendre se dépouiller » de sa raison comme on se décharge d'un habit de cérémonie, c'est se » rendre ridicule et tenter inutilement l'impossible. » Entretiens sur la métaphysique, XIV. Cf. Réflexions sur la Prémotion physique, § 20, 119.

trus, le mystère impénétrable s'il en est un, celui de la transsubstantiation, il se flatte de les résoudre par les principes de sa métaphysique ^ Descartes lui-même n'avait osé pousser jus-iue-là.

Malebranche reçoit également de son initiateur la dualité de l'étendue et de la pensée, deux substances absolument distinctes même en nous chez qui cependant elles se côtoient de si près qu'à tout mode de l'une coexiste, ou peu s'en faut, un mode de l'autre. Cette concomitance, le disciple l'exagère jusqu'à en obstruer sa métaphysique. De là une complication nouvelle : il lui faudra dédoubler la substance extensive en une étendue idéale, aussi voisine de la pensée qu'il se puisse concevoir et en une étendue proprement matérielle, inexplorée de nous, incognoscible celle-là et inattingible. Ce sera comme un double parallélisme qui surchargera singulièrement le système et le rendra vulnérable aux coups d'Arnauld ainsi qu'aux objections moins acerbes mais plus pénétrantes de Mairan. En cela, Malebranche aura péché par excès de cartésianisme. Cette exagération même devait l'encourager à maintenir la science de la nature matérielle sur le terrain solide où son moderne fondateur l'avait assise. Si tout corps n'est que de l'étendue figurée d'une certaine manière, la physique a son point de départ dans le phénomène extensif par excellence, c'est-à-dire dans le mouvement et le problème du monde est exclusivement mécanique. Descartes n'avait pas été plus formel.

1. C'est ce qu'il tenta dans son Mémoire pour expliquer la possibilité de la Transsubstantiation (réimprimé à Amsterdam en 17G9).

2. Entre la pensée et l'étendue ; entre l'étendue intelligible et l'étendue concrète.

Enfin l'axiome causal n'a pas moins de prix pour le continuateur que pour le devancier. Peut-être même Malebranche apporte-t-il plus d'insistance encore à faire de ce que l'on pourrait appeler l'initiative dynamique l'apanage de Dieu seul. En la volonté de l'auteur des choses réside la force. Toute énergie autre que la sienne est empruntée ou fictive. Ce que, dans son impropriété, notre langage appelle des causes, serait bien plus justement nommé des occasions. Dieu, voilà la cause unique : au-dessous de lui n'agissent que des causes occasionnelles. Ma volonté même, si libre soit-elle, (sans la faire toutefois l'égale du vouloir divin), ne meut le corps auquel elle est unie que parce qu'à son occasion l'activité divine exécute le mouvement que je me suis proposé. Je veux : Dieu fait.

II. Ces principes communs aux deux penseurs et bien d'autres ressemblances de doctrine prouvent assez que les chefs-d'œuvre qui éveillèrent la pensée métaphysique de Malebranche n'agirent point sur elle comme de simples excitateurs. Descartes, à maints égards, revit en son disciple et certainement il lui inspira plusieurs de ses hypothèses fondamentales. Mais son influence ne s'étendit pas davantage. Loin d'enchaîner à un joug nouveau le génie qu'elle avait formé à la vie spéculative, cette admiration favorisa bien plutôt, ce semble, l'indépendance de son essor. Rester original et libre n'excluait pas la fidélité. Braver l'autorité, fut-ce de Descartes, cela même était excellemment se montrer cartésien.

Malebranche l'entendait bien de la sorte et il n'hésite pas à rompre avec le maître sur des points essentiels. Rupture respectueuse : même en ces dissidences, il de-

meure convaincu que si, dans le détail, le novateur s'est mépris, il a dit vrai sur le fond des choses *. Ou si Terreur parfois est fondamentale, il faut en accuser la brièveté de la vie humaine, comparée à l'ampleur des problèmes proposés à notre raison. Il n'a manqué au plus grand des modernes que le temps de tout approfondir : voilà pourquoi il n'a pas tout su. Des sujets litigieux volontiers il dirait avec le fabuliste :

Et s'il faut en parler avec sincérité, Descartes l'ignorait encore.

Les élèves restés fidèles à la lettre du dogme nouveau ne dissimulèrent point leur rancune à ce dissident relaps et, dans une querelle mémorable, prirent parti contre lui -. Le plus opiniâtre de ses adversaires ne fut-il pas un cartésien avéré, un cartésien d'avant la lettre % au dire de quelques-uns? Oui, le soldat de Port-Royal, Arnauld en personne, assez réclamé cependant par sa guerre sans quartier pour la défense du Jansénisme, s'engagea contre lui dans un duel acharné qui dura dix années et se prolongea même par-delà la mort ^ Or quel champ de bataille

1. Ainsi pour la glande pinéale. Le choix seul de cet organe lui suggère des réserves ; mais il admet pleinement, ce qui est bien l'essentiel, le principe de la localisation.

2. Sa querelle avec Bossuet. Il y avait des cartésiens « qui ne pouvaient » souffrir, dit le P. André, qu'il eut attaqué le sentiment de M. Descartes » sur la nature des idées et sa démonstration de l'existence des corps. »

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