‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 36 sur 235 · V. BouiLLiER, Histoire du cartésianisme · texte numérisé non relu

V. BouiLLiER, Histoire du cartésianisme

4. Arnauld mort en 1694 ne désarma point pour cela : car, en 1699, deux lettres posthumes de lui, publiées avec son testament par le P. Quesnel, rouvraient le feu contre la Théorie des Idées. Malebranche y répondit eu prenant un tour ingénieux: il feignit de les croire écrites par le faux Arnauld par cette raison que le véritable ne pouvait évidemment avoir accumulé tant d'erreurs et tant de contradictions. (Sur l'incident du faux Arnauld, consulter le Port-Royal de Sainte-Beuve.)

Arnauld s'était-il choisi? La question de la nature des idées 1. Et quelle position occupa-t-il? Celle même où s'était tenu Descartes, selon qui nos idées ne sont que la perception acquise par nous de nos opérations ou de nos manières d'être, au lieu qu'elles constitueraient un monde intelligible, extérieur ou supérieur à nous, s'il en fallait croire le théoricien de la vision en Dieu.

Cette divergence avec Descartes, en ce qui concerne le problème des idées et de leur nature, est assurément capitale. L'originalité de la métaphysique de Malebranche en dépend. Son moderne platonisme exigeait pour condition première l'éternité, l'immutabilité de l'univers idéal, conséquemment une distinction profonde tracée, en dépit des cartésiens et d'Arnauld, entre l'idée et la perception.

Mais il était un autre désaccord, de conséquence non moindre, entre le maître et l'adepte et qui portait sur notre connaissance de nous-mêmes. Qu'avait dit Descartes? Que nous possédons de notre âme une idée claire et distincte et qu'au vrai nous la comprenons mieux que nous ne comprenons l'étendue. Au contraire, que soutient Malebranche ? 11 déplore l'obscurité impénétrable où notre intelligence se trouve à l'égard d'elle-même et il nous déclare dénués de toute idée de l'esprit. Il semble résulter de ce contraste que le premier de ces philosophes s'engageait implicitement à formuler une psychologie, tandis que le second se serait interdit toute incursion dans la science du moi. Curieux renversement de nos prévi-

1. C'est ce procédé qui outra Malebranche convaincu qu'Arnauld évitait à dessein le sujet qui seul au fond lui tenait à cœur, celui de la grâce, pour se rejeter sur la question des idées, plus accessible aux gens du monde et où les préjugés communs seraient en sa faveur.

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sions 1 De Tœuvre cartésienne la psychologie est (si Ton excepte quelques articles du Traité des Passions,) à peu près absente. En l'œuvre de Malebranche, au moins dans celui de ses livres que Ton peut regarder comme son code de doctrine \ cette étude occupe, avant même toute métaphysique, une place d'honneur. Psychologie extraordinairement riche en vues suggestives, tout animée du pur esprit moderne et dont Tabondance, la largeur de méthode, la finesse d'analyse ne durent point médiocrement contribuer à Timmédiat et franc succès que la doctrine dont elle était le prélude allait conquérir dans le pays où a été, depuis Locke, le plus assidûment cultivée la science de l'esprit.

Arrêtons-nous d'abord à la seconde de ces divergences. Nous nous conformerons ainsi à Tordre suivi par notre philosophe. Ce n'est pas sans dessein que, dans sa Recherche de la Vérité, il a donné à la psychologie le pas sur la métaphysique et Ton respecterait mal son intention de ne pas observer, en le résumant, la même hiérarchie.

§ IL Psychologie de la conscience et possibilité d'une psycho-physiologie.

L a Pour moi, opposait Gassendi à Descartes, je ne vois » pas d'où vous pouvez inférer que l'on puisse connaître » clairement autre chose de votre esprit sinon qu'il existe... » Qui doute que vous ne soyez une chose qui pense ? Mais » ce que nous ne savons pas et que pour cela nous dési-

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