‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 4 sur 235 · M. Lachelikr, Cours d'école normale, Desc · texte numérisé non relu

M. Lachelikr, Cours d'école normale, Desc

2. « Mais j'ai bien de quoi me consoler, pour ce qu'on joint ici ma

» physique avec les pures mathématiques, auxquelles je souhaite surtout > qu'elle ressemble » (Réponse aux instances de Gassendi).

preuve un peu valide sur laquelle il s'était appuyé, preuve impuissante elle-même si l'on n'invoque la véracité do Dieu, était, nous nous en souvenons, empruntée au concept de causalité.

Descartes ne pouvait, en vérité, assigner à l'existence des choses un plus sérieux garant. Il est, avec Malebranche et Berkeley, l'un des philosophes qui étendirent le plus loin la portée du principe causal. Ce principe, qui possède à ses yeux l'ahsolue et indiscutable valeur d'un axiome', a son origine au sein de l'Etre parfait, en ce vouloir divin d'où rayonnent les vérités éternelles, i.rototypes de la science comme de la morale. La réalité des choses matérielles ne saurait donc avoir un meilleur répondant. A une condition toutefois, c'est qu'il soit bien entendu que la cause d'où émanent les idées que j'ai des corps"- ne réside pas en moi-môme, car, en ce dernier cas, l'idéalisme sceptique aurait justement bataille gagnée. Or, l'hypothèse d'une origine subjective, qui avait, à deux reprises, ralenti et troublé la dialectique des Médilailons, paraît de moins en moins, ce semble, répugner à Descartes. Le soupçon d'une productivité intérieure, propre à

1 Oa trouvera cette déduction dans les premiers axiomes de cet Expoii „(o,na-mue où Désertes, à la demande du P. Mersenne, développa .,ore ieomelrico sa ph.losophie. Le concept de cause y est, nolons-le bien, pose comme évident en soi et comme supérieur au doute, ce qu, permettrait de lever l'objection du cercle vicieux, du moins eu tant que le Dieu dont a ete démontrée la réalité est conçu comme cause et de notre existence et de notre idée de perlection. C'est aussi en qualité d'axiome supérieur a toute déduction que ce concept sera invoqué par Malebranche et Berkeley.

2. Relevons ici une jolie objection de Caterus qui se demande si nos idées ont besoin de causes : . J'ai des idées, mais il n'y a point de causes

. de ces idées Un bateau est un bateau et rien autre chose; Davus est

. Davus et non Œdipus. . . • Argument plus redoutable que ne 1 imaginaît le sincère Caterus.

L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVIIl" SIÈCLE

la pensée humaine, (conception qui, vers la fin du siècle suivant, renouvellera par Kant la théorie de la raison,] perce de plus en plus dans la Correspondance,

Que l'esprit ne soit pas pour lui-même stérile, qu'il ait la faculté d'engendrer de son propre fonds des notions qui lui appartiennent en propre et se distinguent entièrement de nos imaginations non moins que de nos perceptions sensibles, ce point ne fait pas question pour notre auteur. Ainsi tombe d'avance toute la frivole argumentation de Locke contre l'innéité, (enfants qui déjà raisonneraient dans le ventre de leurs mères, sauvages qui devraient posséder les théorèmes de la géométrie, idiots aussi sensés que les sages, etc.) Le caractère virtuel de ces « pensées naturelles » est marqué par Descartes sans équivoques et il dit ce que répétera Leibnitz, à la métaphore près : nous les avons innément, mais non pas inscrites en nous comme les édits sur la table du préteur. Sa réponse au placard imprimé dans les Pays-Bas, vers la fin de 1647, compare ces idées, non pas innées, mais naturelles, (« connaturelles », proposera Shaftesbury), à ces dispositions morales ou physiques héréditaires en certaines familles : « Je les ai » nommées naturelles (ces dispositions) ; mais je l'ai dit » au même sens que nous disons que la générosité, par « exemple, est naturelle à certaines familles, ou que cer- » taines maladies, comme la goutte et la gravelle, sont » naturelles à d'autres. . . * ^) Et, quelques lignes après, plus expressément encore : « comme si la faculté de penser

1. • Non pas, coolinue-t-il, que les enfants qui prennent naissance dans » ces familles soient travaillés de ces maladies aux ventres de leurs mères, » mais parce qu'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contrac- » 1er. • (Sur le § 12.)

» qu'a l'esprit, ne pouvait d'elle-même rien produire ! ' » Bien loin de ne s'exercer que par intervalles et à titre exceptionnel, cette activité féconde se manifeste là encore où l'on croirait l'âme essentiellement passive, dans les connaissances que nos sens nous apportent. « Aucunes ' y> idées des choses ne nous sont représentées par eux telles )) que nous les formons par la pensée ; en sorte qu'il n'y a )> rien dans nos idées qui ne soit naturel à l'esprit ou à la » faculté qu'il a de penser, si l'on excepte certaines cir- » constances qui n'appartiennent qu'à l'expérience. )> La perception sensible serait donc, en sa presque totalité, l'œuvre secrète de l'esprit qui s'imagine à tort la subir. Est-ce à dire que les réalités extérieures soient dénuées de toute action causale et n'aient point la moindre part à nos sensations ? Ce serait forcer les intentions de Descartes de le soutenir. Il laisse aux choses du dehors quelque initiative, mais si modique ! « C'est la seule expérience qui » fait que nous jugeons que telles ou telles idées que nous >. avons maintenant présentes à l'esprit se rapportent à » quelques choses qui sont hors de nous; non pas à )) la vérité que ces choses les aient transmises en notre » esprit par les organes des sens telles que nous les )> sentons, mais à cause qu'elles ont transmis quelque )> chose qui a donné occasion à notre esprit, par la faculté » naturelle qu'il en a, de les former en ce temps-là plutôt )> qu'en un autre *. « Ainsi parleront Richard Burthogge,

Kant et Hamilton.

Un quelque chose, à l'occasion de quoi les facultés naturelles de notre esprit entrent en jeu et produisent nos

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