‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 42 sur 235 · Xe Méditation chrétienne · texte numérisé non relu

Xe Méditation chrétienne

3. Correspondance inédite de Malebranche, publiée par M. l'abbé Blaxi-

PIGXON.

» son âme est verte ou que la couleur qu'il voit est une » modalité de son esprit, si vous n'avez recours à l'idée w claire et lumineuse de la matière. »

Fort bien : c'est la notion de l'étendue que nous mettons en contraste avec ce que nous percevons de notre âme. Encore faut-il que nous percevions quelque chose. Mais quelle faculté nous instruira, en l'absence de l'entendement ? Cette initiatrice secrète, à laquelle nous devons de discerner nos modifications propres, n'est autre que la conscience.

La conscience ou, si l'on veut, le sentiment intérieur nous instruit des événements qui se passent en nous. Ce que nous tenons d'elle, nous le savons de science sûre bien que limitée. La faute que nous devons éviter serait de nous en référer à cette faculté sur ce qui n'est point de son ressort, comme de l'interroger sur l'essence soit des autres êtres , soit de nous-mêmes. Elle ne répond point à toutes nos questions ; mais ce qu'elle dit ne mérite pas moins de créance ' que les affirmations les plus autorisées de notre entendement. Or, elle ne m'entretient ni de ma nature propre ni de l'essence de mes facultés ; en revanche, elle mlnforme de ce que je fais, de ce que j'éprouve, de mes états et de mes opérations '-. Puissance tout expérimentale sans doute, elle étend son domaine partout où retentissent mes faits intérieurs. Dans ces limites, vastes encore (assez vastes même pour

1. Recherche, liv. III, p-« partie, ch. vu. § k. Cf. Réflexions sur la Prémotion physique, § 8 : « Le seatiment intérieur ne trompe jamais. . . »

2. « Le sentiment intérieur que j'ai de moi-même m'apprend que je » suis, que je pense, que je veux, que je sens, que je souffre, etc., mais il » ne me fait point connaître ce que je suis, la nature de ma pensée, de ma » volonté t IIP Entretien métaphysique *

que toute une École psychologique moderne s'y soit cantonnée), la conscience exerce un contrôle infaillible. A. la différence de nos sens, elle ne nous trompe jamais, parce qu'elle ne nous dit jamais que ce qu'elle éprouve et de quelle manière elle se sent affectée. L'erreur ne commence qu'au moment où nous inférons de son langage ce qu'il lui est refusé de savoir: quand, par exemple, nous situons dans le doigt piqué la douleur qu'elle est fondée à ressentir toutes les fois que nous nous piquons le doigt*. Ne lui demandons point ce qu'elle ne peut apporter : des jugements, des comparaisons, des inférences. N'attendons du sens intérieur que des témoignages contingents, des constatations de phénomènes et nous ne serons jamais déçus. Libre ensuite à la raison de tirer de ces matériaux le meilleur parti qu'elle pourra ; mais la mise en œuvre n'en revient pas à la faculté qui les a fournis.

II. Par là Malebranche se distingue profondément de Descartes dont le génie mathématique inclinait , semblet-il, à déduire l'âme, comme le reste, de principes une fois posés. L'auteur de la Recherche de la Vérité s'adresse, lui aussi, à la raison pour obtenir d'elle les vastes synthèses et les interprétations définitives ; mais il n'attend les données fondamentales que de l'expérience interne. Modifications du moi, sensations, impressions, passions, inclinations, actes, désirs, ne persistent devant l'attention et ne reparaissent à l'appel de la pensée réfléchie que par l'entremise de la conscience.

Mais parmi toutes les dépositions qu'apporte le sens in-

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