Prémotion physique
3. Victor Cousin. — Fragments de philosophie moderne (Edition 1806), I''° partie, dernières pages.
GEORGES LYON
Enfin la perception intérieure nous rendra ce dernier service de nous permettre, à laide des informations qu elle amasse sur notre substance propre, d'induire Texistence des autres esprits '. La conscience que nous prenons de nous-mêmes nous met en situation de conjecturer les âmes de nos semblables. Peut-être jugera-t-on qu'une simple conjecture lait reposer sur une base bien précaire notre croyance à l'être des autres hommes. Cette réalité est à nos yeux on ne peut plus certaine ; le sens commun s'y attacherait plus opiniâtrement, si possible, qu'à l'existence de la matière. Cependant, que l'on tourne et retourne sous toutes ses faces cette connaissance que nous possédons de substances pensantes semblables à nous ; que Ton mette à l'essai, l'une après l'autre, les diverses opérations de notre entendement ; on ne trouvera, pour étayer une foi aussi légitime, que des inférences tirées de nos modalités conscientes. Conjecture, hasarde Malebranche ; et, près de deux siècles plus tard, Stuart Mill dira en un sens tout analogue : généralisation opérée sur ce que nous savons de notre être propre -.
III. La conscience fait que nous nous sentons et ressentons nous-mêmes dans l'unité de notre substance et dans la pluralité de nos facultés comme de nos modifications. Mettant à profit ces données, il suffira que la réflexion
1. C'est ainsi, du moins, que nous interprétons le passage du VF Entretien métaphysique où parmi les trois sortes d'êtres otîerts à notre connaissance. Malebranche cite les esprits, « que nous ne connaissons que par le \ senliraent intérieur que nous avons de notre nature ». Or il ne saurait être ici question de les connaître intuitivement, puisque la Recherche de la Vérité nous a appris que nous ne pouvions que conjecturer l'àme des autres hommes (Liv. 111, 11^ part., ch. vu].