‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 50 sur 235 · Recherche, liv. I, ch. xii, g · texte numérisé non relu

Recherche, liv. I, ch. xii, g

118 L IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVlIf SIÈCLE

fruit savoureux, la brise plaintive. De la sorte, trompé par la délicatesse même de ma perception, je me dépouille de ce qui est mien pour en doter, à mon insu, le dehors. Y a-t-il lieu d'en être surpris et notre sympathie ne fait-elle pas de même? « Si mes yeux, observe élégamment Ariste, » répandent les couleurs sur la surface des corps, mon » cœur répand aussi, autant que cela se peut, ses disposi- » tions intérieures ou certaines fausses couleurs sur les » objets de ses passions*. )>

IV. Puisque la vue est le plus décevant de nos sens, celui dont on a le plus de peine à démasquer la fourberie, en raison de l'adresse et de la permanence de ses artifices ; puisque, d'autre part, ce sens n'a pas son égal pour la rapide synthèse qu'il opère entre ses perceptions, car il nous procure, dans le successif, l'illusion du simultané, le psychologue ne saurait plus utilement employer son étude qu'à le surprendre et à le déjouer. Que nous enseigne la vue? C'est la première question que se posera Berkeley, celle qui inaugurera sa carrière de philosophe : il la résoudra en un sens sceptique. De même Malebranche, dès les débuts de sa Recherche de la Vérité : « La vue est le premier, le plus » noble et le plus étendu de tous les sens, de sorte que ), s'ils nous étaient donnés pour découvrir la vérité, elle y >) aurait seule plus de part que tous les autres ensemble. » Il suffira donc de ruiner « son autorité sur la raison », pour que nous soyons portés « à une défiance générale de tous nos sens* ». A cette tâche l'auteur ne s'épargne pas. Les arguments classiques invoqués par les modernes

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