Recherche^ liv. I, ch. ix
bon sens appelle instinctifs et que la raison métaphysique juge divins, nous est présenté dans l'exemple de la Lune vue plus grande à l'horizon qu'au méridien, alors que, selon les astronomes, le diamètre apparent de cette planète devrait plutôt grandir à proportion qu'elle s'éloigne de l'horizon. Cette anomalie tient-elle donc , comme le veulent quelques-uns S « à la réfraction que souffrent ses » rayons dans les vapeurs qui sortent de la terre ? » ^ullement. Il faut en chercher la cause dans le jugement naturel qui nous la fait estimer bien plus éloignée de nous quand elle se lève que lorsqu'elle brille au milieu du ciel. De même le haut d'un clocher, toutes distances égales, nous paraîtra bien moins proche, si des plaines et des maisons nous en séparent, que si nous l'apercevons derrière un mur ou une colline ^ Une expérience bien simple attestera le bien fondé de cette explication. Que l'on regarde avec un verre enfumé, pourvu que ce verre soit tout près des yeux et qu'il éclipse entièrement le soleil ou la lune, et l'on verra l'un et l'autre de ces deux astres sensiblement de la même grandeur à l'horizon qu'au méridien. Il ne suffit pas, comme le propose le P. Tacquet, de cacher « manu vel pileo » la terre interjacente entre l'œil et l'horizon, car la voûte apparente du ciel semble presque plate et joue ici le rôle des terres interposées, au lieu que le verre enfumé supprime cet objet de comparaison '. Par cette facile épreuve est d'avance dissipée l'objection que soulèvera Berkeley.
1. Da diverses a^'-e'^s de grandeur du Soleil etdela Lune dans ïHorizon et dans le Mériiien. Réponse à Régis (1693). Cf. Recherche, Uv. I,
ch. IX.