Recherche, liv. II, I" P"'-. ch- v
l fis hommes ne manquent jamais de juger qu'une ^"^"J^'J^^ . de quelque effet quand l'un et l'autre sont joints en^e-Ue .«"PP e qu . la véritable cause de cet effet leur soit inconnue. • Bêche, che, l.^. m. Il* part., ch. m.
qui n'est qu*une occasion et nous confondons une succession contingente avec un enchaînement nécessaire. La liaison des idées engendre en notre esprit non le concept de cause, mais bien l'erreur captivante qui nous fait assigner la puissance causale à d'autres êtres qu'à Dieu seul •.
V. En cette déduction de la pseudo-causalité, Malebranclie a franchi les bornes mêmes en deçà desquelles se maintiendra l'analyse de David Hume. Cet avisé phénoméniste ne considérera, en effet, dans l'idée que le phénomène mental et il s'en tiendra aux rapports réciproques de nos états psychiques. Pour unir mutuellement les idées, le psychologue de l'Oratoire reliait également les unes aux autres les traces du cerveau, de manière que les premières fussent excitées par les secondes. En un mot, il avait égard non seulement aux phénomènes de l'âme mais à leurs conditions organiques, au processus physiologique en même temps qu'à l'évolution mentale. Ici donc, s'il anticipait sur quelqu'un, ce serait sur le théoricien des vibrations.
Descartes, hâtons-nous de le dire, avait en cela pris l'initiative. Que l'on relise, pour s'en convaincre, son Traité des Passions : on y verra que c'est toujours du double point de vue de l'observation par la conscience et de l'ex-
1. Recherche, liv. VI, II« part., ch. m. En résumé, la déduction esquissée par Malebranche diffère de l'analyse de Hume en deux points essentiels. 1*^ Ce qu'il explique par des associations, c'est seulement l'idée trompeuse que nous nous faisons de la causalité ; le concept adéquat et vrai, il le transporte bien au-dessus de nos liaisons subjectives, au sein même de Dieu. Au contraire. Hume réduit à une association habituelle la pure notion causale elle-même. 2° Tandis que le philosophe anglais se borne à unir les idées, comme autant de faits psychiques, indépendamment de l'organisme cérébral, Malebranche, dans une véritable psycho -physiologie, les relie à des phénomènes nerveux. Il associe les • images » aux « traces ».
périence physiologique qu'il considère chacun des phénomènes passionnels. Assurément il faudrait modifier de cet ouvrage, pour le mettre, comme on dit, au point, et l'expression scientifique et les hypothèses fondamentales ; mais, à ne tenir compte que de la méthode, il n'y a nul paradoxe à avancer que ce livre de psychologie pourrait porter la signature de M. Bain ou de M. Le^ves. Et que l'on ne crie point, sur cela, à l'imprudence, à la témérité. Cette diversion physiologique ne pouvait porter nul ombrage à la métaphysique issue du Cogito. De par la doctrine des'causes occasionnelles, n'est-il pas avéré que nulle action directe n'a lieu du corps à l'âme, ni de la pensée aux sens? Cette même doctrine, Malebranche l'exagère à dessein et par là il accroît la sécurité de son dogmatisme. Si rien de créé n'agit qu'à titre d'occasion, mon esprit ne saurait pas plus bander un muscle qu'une contraction nerveuse ne saurait lancer une idée. La chair ne meut même point la chair, comment ferait-elle bouger l'âme ? De la pensée au corps nul passage ; de l'idée à l'idée, comme du nerf au nerf, nulle active transition. Le déterminisme des lois générales exige dans le corps et dans rame, comme sur deux scènes contiguës et distinctes, deux séries parallèles de phénomènes ici organiques, là spirituels, dont chacun correspond à un fait concomitant de la série voisine, sans que nulle des deux chaînes se croise en aucun point avec la seconde. Hartley aura bien raison ^ de placer son hypothèse sous le patronage de
1 Hartley. Explication physique des sens, des idées, etc. Sect. III, Prop. XXI Coroll 2 •«...-. . L'harmonie préétablie de Leibnitz et le système .'dès causes occasionnelles de Malebranche sont exempts de cette grande . difficulté de supposition suivant laquelle le système des scolastiques veut
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Malebranclie et il est certain que sa doctrine des vibrations procède du même dessein que celle des causes occasionnelles.
Plus d'un moderne spiritualiste hésiterait à maintenir jusqu'au bout le parallélisme de deux ordres de faits aussi hétérogènes et cependant comment le rompre ici ou là sans violer la logique et infirmer Texpérience ? Si attaché soit-il au dogme de l'immatérialité de l'âme, il ne voudrait point passer outre- à l'observation ni demeurer sourd au défi de la science. Que de perplexités ! Ces relations mutuelles, aperçues chaque jour plus complexes et étroites entre l'existence organique et la vie mentale, ne laissent plus, il le voit trop, subsister celle-ci indépendamment de celle-là. D'autre part, sa foi philosophique demande que la substance de l'être moral reste essentiellement distincte des éléments de l'être physique. S'il maintient immuable sa foi, il se heurte aux faits. Et s'il en croit les faits, sa raison a imori est contredite, son Credo métaphysique
condamné.
Ces doutes, ces oscillations de pensée, ces tâtonnements, ces incertitudes seraient inconnus à Malebranclie. Sa psychologie n'a pas à chercher de faux-fuyants. Les principes de son rationalisme planent si haut que nulle déposition des phénomènes n'en saurait amoindrir l'autorité. En même temps, le libéralisme de sa méthode est tel qu'il peut d'avance accepter les témoignages des faits et accorder un blanc-seing à l'expérience. Sans reléguer l'âme à l'arrière-
i que l'âme, substance immatérielle, exerce et reçoive une influence phy-
• sique du corps, qui est une substance matérielle. Or le lecteur peut s'a-
» percevoir que l'hypothèse ici proposée est aussi exempte de celte diffi-
» culte. » (Trad. Jurain.)
plan-, il sait attribuer au corps le rang qui lui revient. Tout comme ferait un expérimentaliste de nos jours, il éclaire par la connaissance du second l'étude du premier. Ce ne serait pas assez de dire qu'il pressent la psycho-physiologie ; il en dessine les linéaments.
« Toutes les fois, lisons-nous au début du second livre » de la Recherche de la Vérité, qu'il y a du changement » dans la partie du cerveau à laquelle les nerfs aboutissent, il arrive aussi du changement dans l'âme, et
l'âme ne peut jamais rien sentir ni rien imaginer de nouveau qu'il n'y ait du changement dans les fibres de » cette même partie du cerveau. » Nulle acquisition de l'esprit qui n'ait comme son schéma organique. « Dès » que rame reçoit quelques nouvelles idées, il s'imprime » dans le cerveau de nouvelles traces, et dès que les » objets produisent de nouvelles traces, l'âme reçoit de » nouvelles idées * . » Il est vrai d'observer que le mot idée n'est point pris ici dans l'acception que lui donnera le troisième livre de la Recherche. Il ne signifie pas encore ces essences immuables, ces éternels archétypes contre qui Arnauld mènera campagne, mais plutôt, ce semble, les images sensibles par l'entremise desquelles les objets nous avertissent de leur présence - .
1. Recherche, lir. II, F° part., ch. v. Cf. M. Ribot : Introduction à la Psychologie allemande ; • Tout état psychique déterminé est lié à un ou . plusieurs événements physiques déterminés que nous connaissons bien . dans beaucoup de cas, peu ou mal dans les autres. — Ce principe est la . base de la psychologie physiologique. »
2. Dans la première partie de la Recherche, le mot idée est le plus souvent pris'comme synonyme de modifications mentales et d'images sensibles. Aussi Arnauld aura-t-il beau jeu à dénoncer ces variations de langage. Dans sa réponse au livre des Vraies et des Fausses Idées. Malebranche expliquera qu'alors il ne pensait nullement à exposer ses opinions sur la nature des idées mais seulement à délivrer l'esprit de ses préjugés (Ch. xxiv, § 9).
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Mais ne généralisons-nous pas à Texcès une méthode que notre auteur n'aurait que partiellement appliquée? N'est-ce pas altérer ses intentions d'étendre aux actes du pur intellect les explications physiologiques parallèles qui, selon lui peut-être, ne valaient qu'à Tégard de la sensibilité représentative ^ A ce doute, convenons-en, certains passages de ses écrits semblent à première vue apporter un réel secours. Par exemple, après avoir défini V entendement pur une faculté par laquelle l'âme « aperçoit les » choses spirituelles, les universelles, les notions com-
)) munes et généralement toutes ses pensées, lors-
w quelle les connaît par la réflexion quelle fait sur » soi. . ., » l'auteur continue : c< ces sortes de perceptions » s'appellent pures intellections, parce qu'il n'est point » nécessaire que l'esprit forme des images corporelles » dans le cerveau pour se représenter toutes ces choses -. •> Mais Malebranche, ne l'oublions pas, n'avait point sa doctrine complètement arrêtée quand il écrivit les deux
1. C'est la très sérieuse objeclioa que nous a proposée ua penseur éminent, non moins versé dans la philosophie nationale qu'instruit des systèmes anciens. M. Félix Ravaisson conjecture que, selon le philosophe de la Vision en Dieu, cette correspondance de toute pensée avec ce que nous avons appelé un schéma organiquty ne régissait • que des pensées qui renferment
quelque chose de sensilif et d"imap;inatif II (Malebranche) remarque, nous écrivait M. Ravaisson , que pour les idées de choses toutes spirituelles^ il n'y a pas de telle liaison naturelle, et que c'est nous seuls qui en établissons une. Il a donc cru ce qu'a cru Aristote, c'est-à-dire que nous pensons (ce qui s'appelle proprement penser) sans organe. Eq parlant ainsi, dit Bossuet, Aristote a parlé divinement, ou métaphysiquement, c'est même chose, et dans ce mot est eu elFet contenue virtuellement toute la métaphysique. Malebrauche a donc cru sur ce point essentiel ce qu'ont cru Aristote et Bossuet. • On ne peut dire plus noblement. Toutefois l'examen réfléchi des textes et la considération interne du système nous ont fait maintenir une interprétation qui n'a, d'ailleurs, rien d'indigne du génie de Malebranche.