Recherche, liv. I, ch. iv
premiers livres de son grand ouvrage : lui-même nous en prévient * . Cette phrase d'un des premiers chapitres mérite donc de n'être reçue que sous bénéfice d'inventaire. A supposer même qu'elle exprimât l'opinion définitive de l'écrivain, elle n'énonce, à dire vrai, qu'une thèse de philosophie courante : les pensées pures se passent d'images ; elles n'ont, par conséquent, nul besoin que le cerveau leur en présente. Est-ce à dire que ces pensées ont lieu en nous sans que des mouvements du cerveau se produisent à leur occasion ? Le passage n'implique rien de tel et la théorie entière répudie une pareille supposition. — On pourrait alléguer encore cet endroit de la Recherclie où il est déclaré que l'entendement pur « reçoit de Dieu les idées » toutes pures de la vérité, sans mélange de sensations et » d'images, parce qu'il subsiste dans le monde immatériel » et intelligible^ ». Mais qui ne voit qu'il s'agit ici du lot intellectuel qui nous vient d'en haut? Oui, les vérités dont l'auteur de l'univers nous illumine sont en elles-mêmes pures, de tout mélange sensationnel et Imaginatif. Mais ce n'est point assez que Dieu me les communique pour que j'en prenne possession. Il faut que je les fasse miennes et l'acte par lequel je les perçois est, comme toutes les opérations de mon âme, soumis à des conditions organiques inflexibles. C'est ce qu'avec une précision irréprochable déclarera plus loin Malebranche à propos de ce même esprit
pur et de ces mêmes pures idées. « Il n'en est pas de
» même des idées pures de l'esprit, nous pouvons les avoir » intimement unies à notre esprit, sans les considérer avec » la moindre attention. Car, encore que Dieu soit très
1. Réponse aux Vraies et Fausses Idées, ch. xiv, § 9, rappelé plus haut.