Traite de morale, part. I, ch. v, § /». i i ' i
2. Dans une note de ses Discussions de philosophie, Harailton cherche a la théorie des précédents plus directs : « La Vision de toutes choses en Dieu . est, me semble-t-il, un simple transfert à l'homme en chair, au Vtator, . de ce mode de cognition, adopté par nombre d'anciens prêtres catholiques . pour expliquer comment les saints, eu tant qu'esprits hors du corps, pea- . vent être informés des prières humaines et, en général, de ce qui se passe . sur terre. Ils perçoivent, dit-on, toutes choses en Dieu. De sorte qu au . vrai la théorie philosophique de Malebranche n'est que l'extension d une . hypothèse longtemps connue dans les écoles. Cette hypothèse, j ai eu oc- » casion de l'exprimer :
Quicquid in his ttnehris vit ce, te carne îateret,
Nunc legis in magno, cuncta, béate, Dej. (Art Idéalisme.)
réelle. Aussi appréhendait-il d'introduire au sein de Dieu des éléments imparfaits et corruptibles. S'il eût su, comme nous, que les couleurs ne sont que des modifications de l'âme, de purs sentiments par lesquels nous découpons, pour ainsi dire, l'étendue idéale en objets particuliers et distincts, (individuation qui en soi n'a rien de réel, mais que notre âme opère sur la substance illimitée où se résorbe toute matière,) une telle crainte ne l'eût plus retenu et il eût aperçu la vanité de ses scrupules. Il eût compris que la majesté souveraine se concilie fort bien avec l'intuition en Dieu des êtres les plus infimes, des réalités les plus éphémères ^ Cette prétention d'avoir pour soi le grand oracle - de Port Royal jettera Arnauld hors les gonds. « Il est bien )> étrange, dit ce dernier avec hauteur, que vous ayez osé » soutenir de nouveau votre opinion de la vue des corps . en Dieu, après avoir été convaincu d'admettre en Dieu » une vraie et formelle étendue semblable à celle de l'es- » pace des Gassendistes ^- ». Accusation on ne peut plus inique : l'étendue que Malebranche situe dans le divin Entendement est exclusivement idéale ' et ce qu'il ne pardonne pas à Spinoza, c'est, déclarera-t-il à Mairan, de ravoir réalisée. En attribuant à la substance infinie une extension concrète, l'auteur de l'Éthique avait, selon lui, jnatérialisé Dieu K
1. Bech., liv. m, ll« part., ch. vi ; Rcpouse aux Vraies et aux Fausses Idées, ch. vn; Trois lettres touchant la défense d' Arnauld.
o V-^ Lettre posthume à Malebranche (4 mai 169i,. ,, t i
3*. . Anathème à quiconque admet en Dieu ^^^'f^^^"' /'''"' Arnauld' . prononce du fond de mon cœur. • (Lettre de Malebranche a Arnauld,
daléc du 10 juillet 1694.) , j„„. «;„;nn7a
4. A Mairan qui le presse de lui signaler enfin le P»"'°S'^'»»/;-'' ^P "^^
se serait rendu coupable, Malebranche répond : .1 me paraU ^"-^l^^^-
. la cause des erreurs de l'auteur est qu'il confond les tdees des choses a^e,.
LMDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVllI" SIÈCLE
De la sorte est ramené devant le métaphysicien ce problème de la perception visuelle, agité, il n'y a qu'un instant, par le psychologue. Malebranche fait preuve à le traiter d'une souplesse et d'une dextérité sans égales. Il accorde on ne peut plus heureusement les principes de sa métaphysique et les données de sa psychologie. De la Recherche de la vérité aux Lettres écrites durant ses dernières années, son explication ne variera point. Jamais, nous prévient-il dès ses Éclaircissements, il n'a prétendu placer en Dieu des idées distinctes, de manière à représenter « chaque corps en particulier * ». Loin de là, « je dis » que nous voyons toutes choses en Dieu par l'efficace de » sa substance et en particulier les objets sensibles par » l'application que Dieu a faite à notre esprit de l'étendue » intelligible en mille manières différentes; et qu'ainsi » l'étendue intelligible renferme en elle toutes les perfec- )) lions ou plutôt toutes les différences des corps, à cause » des différentes sensations que l'àme répand sur les » idées qui l'affectent à l'occasion des mêmes corps ^ ». Dans ma connaissance des corps, une chose est de Dieu, rétendue intelligible; une de moi, le sentiment de couleur
» les choses mêmes, les idées qui seules peuvent affecter les intelligences » avec les êtres qui ne peuvent agir sur l'esprit. . . Il faut bien que l'ou- » vrage soit conforme à l'idée de l'ouvrier, tdea suo ideato, comme il parle ; » mais il n'est pas possible qu'il soit l'ouvrier lui-même. • (Réplique du 12 juin 1714.) Et dans une nouvelle réplique : « Si l'on objecte que l'idée de . l'étendue est infinie, l'idée de l'étendue est infinie, mais son idéatum ne
• l'est peut être pas. Peut-être n'y a-t-il actuellement aucun xdeatxm. * (6 septembre 1714). Ainsi son grand grief contre Spinoza serait que ce philosophe n'a pas été suffisamment idéaliste.