‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 66 sur 235 · Ibid., ch. sv · texte numérisé non relu

Ibid., ch. sv

1 ii L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVIll'' SIÈCLE

). êtres matériels par les diverses applications de retendue » intelligible à notre esprit ». L'œil n*a pas le don de morceler à sa guise l'étendue intelligible et d'appliquer comme il lui plaît, ici ou là, telles ou telles couleurs. C'est Tinfluence divine qui touche et modifie nos yeux de manière à les affecter conformément à la variété des choses présentes. Si bloc de marbre il y a, ce serait donc plutôt de la façon qu'imagine Leibnitz, avec des veines préformées que le ciseau devra suivre pour dégager la statue latente. De même l'étendue intelligible ne comporte que des divisions idéales et notre esprit ne s'applique à ces parties irréelles que parce qu'il reçoit des impressions caractéristiques à leur occasion '. Les attaques d'Arnauld n'ont pu déloger Malebranche d'une doctrine qu'il expose à Mairan dans les mêmes termes où il la maintenait contre l'auteur du livre des Vraies et des Fausses Idées. Nous sommes en ni4; il a gardé toutes ses positions.

II. L'esprit humain voit tout en Dieu, puisque c'est en Dieu qu'il contemple l'étendue intelligible et qu'en cette étendue l'univers entier est compris. Mais Dieu, à son tour, comment le connaissons-nous? Il semble que jusqu'ici nous ayons postulé son existence, au lieu que la logique eût prescrit de prouver d'abord la réalité de l'être parfait. Assurons-nous qu'il est, avant de nous informer si l'on connaît les choses en lui. Descartes a donné l'exemple,

J . • L'étendue intelligible n'est point localement étendue et n'a point de » parties étendues. . .; l'idée de maiu qui seule est l'objet immédiat de • mon esprit, peut, dans le même temps, m'afîecter de différentes percep- » tions, couleur, froid, douleur, etc., bien que ce ne soit que la même idée » d'étendue. » (Réplique à Mairan, 12 juin 1714.)

MALEBRANCHE i '«3

lorsqu'après avoir découvert dans l'acte de sa pensée la preuve irrécusable de sa propre existence, il a pris soin, préalablement à toute nouvelle recherche, de démontrer solidement et la réalité et la véracité divines.

Malebranche, quoi qu'en ait dit un écrivain autorisés ne suit point la même marche. La vision en Dieu forme le premier chapitre de sa Théologie rationnelle. L'énoncé de son hypothèse favorite pourrait servir de préambule à sa démonstration de l'Etre absolu. Pour quiconque admet la solution qu'il a donnée au problème de la connaissance, cette suprême existence ne saurait faire doute et, sans l'inquiétude funeste- qui détourne de la réflexion pure notre volonté, le plus léger effort d'attention dissiperait toute incertitude. La réalité divine est prouvée « par tout ce que » nous pensons, tout ce que nous voyons, tout ce que nous » sentons 3 ». On peut même à la rigueur dire ici, comme fit saint Anselme, que, « quand il n'y aurait aucune chose » en particulier. Dieu serait, parce qu'il est par lui-même » et qu'on ne peut le concevoir comme n'étant pas* >'. Mais à l'argument ontologique, Malebranche préfère visiblement sa preuve à lui, qui découle si simplement de toute cette métaphysique : nous ne voyons nulle chose sinon dans l'étendue infinie; or l'infini ne se peut voir dans le fini, trop étroit pour l'embrasser ; il est donc aperçu dans le pur infini, qui est Dieu^ « Tout ce qui est immuable,

1. M. Ollé-Laprune, dans sou grand ouvrage sur Malebranche (t. I,

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