Recherche, liv. VI, IP part., ch. vi
4. làid., liv. III, ne partie, ch. vu. §2. L'expression a parfois trahi Malebranche et il lui est arrivé d'oublier celte catégorique déclaration. Ainsi, dans son Traité de morale nous lisons : « à l'égard de Dieu il n'en . faut juger que sur l'idée claire qu'on en a. » (F*' part., ch. v, § 18.) C'est évidemment là un lapsus. Mais convenons que Malebranche prêtait, en apparence, le tlanc au reproche d'inconséquence qu Arnauld lui adresse sur ce point. Si l'idée de Dieu, dira celui-ci, est absente de notre esprit, il est illégitime de démontrer Dieu par son essence. (2«' lettre posthume d'Arnauld, du 22 mars 1694). Aussi n'est-ce point par son essence que Malebranche dé-
nulle notion n'aurait assez d'ampleur pour contenir cet immense objet. Nous ne saurions l'apercevoir ailleurs qu'en lui. « L'infini ne se peut voir qu'en lui-même. . . Si » on pense à Dieu, il faut qu'il soit. . . Toute idée finie et » déterminée ne peut jamais représenter rien d'infini et » d'indéterminé... Vous ne sauriez tirer de votre fonds » cette idée de la généralité. Elle a trop de réalité ; il faut V que l'infini vous la fournisse de son abondance ^ » Arnauld, qui veut s'en tenir à l'argument a priori, objecte que Malebranche, par le fait de nous dénier toute idée de Dieu, s'interdit de le démontrer par son essence : il y a donc sophisme à placer l'être divin en nous, avant d'en avoir prouvé l'existence, car cela revient à supposer d'abord ce que la preuve conclura-. Le cercle vicieux n'est qu'apparent. La théorie de la vision a cette originalité de justifier le principe dont elle émane : elle prouve Dieu en même temps que Dieu la légitime. Consensus de vérités et nullement pétition de principe.
IIL Cause exemplaire de toutes les idées qui nous représentent les choses, ce Dieu est aussi donné comme la cause efficiente de tous les changements qui s'accomplissent dans l'univers. Rien n'agit sur rien que par la divine elficace. Autant Malebranche se montre froid pour la preuve de saint Anselme, autant il serait favorable à l'ar-
montrait Dieu, car il n'acceptait la preuve ontologique qu'en l'amendant. Autre objection, bien moins fondée encore : Arnauld se plaint que dans cette théorie, « nous voyions sans cesse Dieu par nos yeux corporels » . (Lettrto au marquis de Roucy, 28 janvier 1G84.) C'est jouer sur le mot voir et surtout c'est oublier que des yeux corporels ne sauraient embrasser l'infini.