JP Lettre posthume
GEORGES LYON. 40
146 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVllI» SIÈCLE
gument que Kant nommera cosraologique et qui démontre l'existence du premier moteur par la dépendance causale à laquelle est assujettie toute réalité contingente. Nul corps ne communique une force qu'il ne possède pas. A fortiori, si cette force est ordonnée, régulière. « Il faut » qu'une intelligence produise et règle tous les mouve- » ments de la matière, puisque la communication des » mouvements est toujours la même dans les mêmes ren-
» contres » L'impuissance fondamentale où la matière
se trouve de produire aucun changement nous est l'indice
qu'il y a un Dieu^
Lorsque, plus haut, nous expliquions par des liaisons de traces dans le cerveau humain la croyance au principe en yertu duquel toute contingence se rattache, de proche en proche, à une condition nécessaire, nous rendions compte du fait et non du droit, nous retracions l'origine de notre foi, nous n'établissions pas la souveraineté d'un axiome. La causalité véritable ne repose pas sur un phénomène d'association. Elle a sa base dans la vérité nécessaire par excellence: l'existence de l'absolue perfection. Dieu est cause comme il est infini, comme il est éternel. Le premier attribut, non moins que les deux autres, se trouve impliqué dans son essence et l'on ne saurait, sans contradiction, l'en exclure. « Lorsqu'on pense à l'i- » dée de Dieu-, c'est-à-dire d'un être infiniment parfait,
1. Sur ce point, v. surtout Rech., liv. VI, II« part., ch. m ; V' Eclaire;
Fc Médit.', VW Entret. met. n a
2. Nouvel exemple du lapsus que uous signalions tout a 1 heure. Les négligences sont inévitables pour tout système. Les métaphysiciens, pour se faire entendre, doivent parler une langue dont ils ne sont pas les auteurs et employer des expressions qui, prises mot à mot, démentiraient leurs doctrines.
« et par conséquent tout puissant, on connaît qu'il y a une » telle liaison entre sa volonté et le mouvement de tous les » corps, qu'il est impossible qu'il veuille qu'un corps soit » mù et que ce corps ne le soit pas. Nous devons donc dire » qu'il n'y a que sa volonté qui puisse mouvoir les » corps... * » Puisque ce Dieu est unique, unique également sera la cause. « Il n'y a qu'une vraie cause, parce » qu'il n'y a qu'un vrai Dieu. » Ainsi donc entre ces deux termes : être parfait, causalité, notre raison saisit une identité absolue qui nous dispense d'entreprendre la déduction du second. « Cause véritable est une cause entre » laquelle et son effet l'esprit aperçoit une liaison néces- » saire. Or il n'y a que l'être parfait entre la volonté )) duquel et les effets l'esprit aperçoive une liaison néces- » saire. »
Que l'on ne vienne pas, à l'exemple d'un paganisme idolâtre nous parler de cette entité de raison : la nature 1 Un pareil mot couvre le vide, ou plutôt il est une étiquette trompeuse apposée au système rationnel des divines volontés. Il n'y a de Nature que Dieu seul; il n'y a de lois physiques que ses décrets, à l'accomplissement desquels l'être des corps ne sert que d'occasion. « Toutes les forces » de la nature ne sont donc que la volonté de Dieu tou- » jours efficace. Dieu a créé le monde, parce qu'il l'a » voulu ; dixit et facta sunt : et il remue toutes choses » et produit ainsi tous les effets que nous voyons arriver, » parce qu'il a voulu aussi certaines lois selon lesquelles ^^ les mouvements se communiquent à la rencontre des w corps ; et parce que les lois sont efficaces, elles agissent