‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 75 sur 235 · VII^ Entret. met · texte numérisé non relu

VII^ Entret. met

3. C'est là un point essentiel de la théologie de Malebranche, sur lequel il revient sans cesse dans ses ouvrages. Voir notamment son Traité de la nature et de la grâce.

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des lois générales. Tels effets que l'homme déplore sont le prix de la simplicité et de la beauté de ces lois *. Un monstre, une action criminelle font assurément tache sur le merveilleux canevas de l'univers 2. Mais pour que ces laideurs disparussent, il eût fallu que Dieu changeât l'ordre de ses voies, qu'il en compliquât et enchevêtrât les rencontres par des myriades d'exceptions 3. Que resterait-il alors de ce bel arrangement des choses ? Pour un peu Malebranche pousserait l'optimisme aussi loin que Leibnitz et il admettrait que la hideur et le mal, au moins pour notre esthétique humaine, forment dans le spectacle de l'univers des contrastes qui ne sont peut-être pas sans « une » espèce de beauté ».

Que Dieu n'agisse, comme le prétendent certains théologiens, que par des volontés particulières, notre libre arbitre sera, au contraire, bien empêché et ce don de l'auteur des choses ne nous servira guère. Ne sera-ce pas

1. « Ayant eu le dessein de produire un ouvrage admirable par les voies » les plus simples, et de lier toutes ses créatures les unes avec les autres, » il a prévu certains elfets qui suivraient nécessairement de l'ordre et de la » nature des choses, et cela ne Ta pas détourné de son dessein. » {Rech., liv. I, 1'"^ part., ch. vu, § 3).

2. « J'accorde que Dieu veut, en particulier, remuer le bras d'un assas- » sin, lorsque cet assassin lui-même le veut. Mais je prétends que Dieu ne » le veut que parce qu'il veut suivre les lois de l'union de l'âme et du » corps qu'il a établies. » (I'° Lettre à un ami en réponse aux Réflexions d'Arnauld, 1686.) Gf- Traité de la nature et de la grâce, V^ part., § 18, et XIP Entret. met.

3 « Un monstre est un ouvrage imparfait, quelque dessein que Dieu ait » eu en le faisant. Ne vaut-il pas mieux mettre des défauts dans les ou- » vrages de Dieu que d'en mettre dans ses desseins ? Ne vaut-il pas mieux » laisser dans l'univers les défauts visibles, que tout le monde y remarque » et soutenir que les désordres sont les suites de la simplicité des lois na- » turelles? » (IIP Lettre en réponse aux Réflexions d'Arnauld). Cf. X*^ Entret. met., et Entret. avec «» phil, chin.

folie à nous de traverser les desseins éternels, de nous mettre à l'abri de la pluie en cas d'orage, de combattre rincendie si la foudre embrase notre maison? Ces actions que le bon sens commande, la loi religieuse les réprouvera; toute notre vie ne sera plus qu'un long tissu de crimes de lèse-Divinité. Au lieu de cela, dans le système des volontés générales, notre liberté a les coudées franches. Parmi ces lois constantes que Dieu a posées, il en est une qui m'enjoint de sauvegarder mon corps, de le défendre contre le dehors et, si possible, de lui assujettir îa nature. « De sorte que celui qui prétendrait obéir à » Dieu en se soumettant à sa puissance, en suivant et » respectant la nature, blesserait l'ordre *. » Le déterminisme physique entraîne ainsi la condamnation du fatalisme moral.

Ce déterminisme rend désormais possible - une science des causes occasionnelles ou causes secondes, dont le système composera ce que nous appelons la nature. Toutefois il n'exclut pas, au moins à son origine, une certaine intentionnalité. Précisément parce que c'est l'Esprit créateur qui en a tissé le réseau de ses volontés permanentes, quelque but préconçu a dû tout d'abord guider la divine industrie. Il ne faut donc pas, avec Descartes, proscrire absolument le principe des causes finales. « Le premier pas de cette con- » duite, les premiers mouvements ne peuvent être déter- » rainés par ces lois... Ainsi la première impression de 0 mouvement que Dieu a mise d'abord dans la matière ne » devant et ne pouvant pas même être actuellement réglée

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