‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 78 sur 235 · YIII" Fntret. métaph · texte numérisé non relu

YIII" Fntret. métaph

images de choses en elles-mêmes inaperçues et ignorées? Malebranche est trop respectueux de la loi d'économie pour avoir imposé à la Raison suprême un office dont notre intelligence suffirait à s'acquitter. C'est parce que la réalité matérielle est invisible et défie l'atteinte de nos facultés qu'il a recours à TÊtre parfait, direct objet de nos âmes. Encore l'Esprit souverain n'intervient-il que pour communiquer à nos entendements les idées des choses et non pour nous mettre intuitivement en rapport avec les choses elles-mêmes.

Oui, en dépit de sa toute-puissance, c'est à cela que se borne 'la part que Dieu prend à notre savoir. Il nous admet à contempler en lui les exemplaires idéaux sur lesquels il a réglé sa création. Son œuvre, en elle-même et objectivement parlant; est en dehors de nos prises. Lui-même ne la voit point de face, si l'on peut dire ; il ne la connaît que par les relations qu'elle soutient avec son vouloir. Elle n'est saisie immédiatement, en sa concrète essence, ni par la Pensée absolue ni par nos esprits finis. Mais pour qui donc existera-t-elle et à quel titre en parler, demande à

bon droit Mairan ' ?

Dans la vie courante, il est vrai, nos sens, par une duperie de tous les jours, nous persuadent que nos doigts manient et que nos yeux contemplent les corps extérieurs. Les lois de l'union de l'âme avec le corps exigeaient ce

1 La critique de Mairan est remarquable : « ...Votre étendue intelli- . .^ible n'est qu'une idée en Dieu, idée sans idéat [très bien corrigé par . Cousin, au lieu à: idéal qu'avait lu Feuillet de Conches], ou qui n a nul . objet ni en Dieu, ni en moi, ni bors de ma pensée. . . Que sont les corps, . si ce n'est des modifications de retendue?... Or, si cette étendue n existe . ni en Dieu, ni bors de Dieu, donc les corps n'existent pas. • (Lettre du 26 août 1714.)

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mirage. Il fallait que nous vissions les étoiles au ciel, où elles ne sont pas, et les maisons dans la plaine où elles ne sont pas davantage. Etoiles et maisons ne se laissent apercevoir de nous que si elles sont immédiatement unies à nos esprits '. Les unes et les autres ne consistent qu'en des sensations nôtres. Mais, comme nous n'avons conscience que de ces sensations, sans aucun soupçon du jeu des organes qui les produit ; comme, d'autre part, notre âme sait ne les avoir point causées, nous commettons ce faux jugement de les tenir pour extérieures-. Notre connaissance objective du monde ne roule que sur nos impressions sensibles et nos idées.

Qu'à ces idées et à ces sensations corresponde ou non une réalité extérieure, il n'importe guère à notre théorie de la connaissance. Tout se passe comme s'il n'en n'existait pas. La maison que je vois est purement idéale et elle pourrait continuer d'être aperçue de moi alors même que la maison soi-disant réelle serait détruite ^. Osons dire plus : le monde entier aurait beau s'abîmer dans le néant, nous n'en percevrions pas moins, comme par le passé, les corps qui l'occupent, pour peu que Dieu maintînt telles quelles les lois de l'union en nous de la pensée avec le cerveau * . Le système de nos perceptions se suffit pleinement à lui-même et il ne serait en rien rendu plus intelligible parce qu'on le doublerait de nous ne savons quel obscur corrélatif qui ne consisterait qu'en ce système matérialisé ^. Ce serait assez qu'éter-

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