‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 80 sur 235 · I^ Lettre posthume · texte numérisé non relu

I^ Lettre posthume

2. Arnauld excellait à présenter sous forme moqueuse les arguments de'mologiques : • Quoiqu'à la levée du siège de Vienne, écrit-il au marquis . de Roucy, les chrétiens n'aperçussent que des Turcs intelligibles, quand . les Polonais et les Allemands les perçaient de leurs épées, les Turcs réels » nen étaient pas moins bien tués. » Celte boutade résume la plupart des réfutations de Berkeley par les Ecossais.

Qu'il y ait ou non une étendue concrète derrière l'étendue idéale, cette dernière n'en offre pas moins un contraste radical avec mes sensations et mes pensées. Mes idées d'étendue forment avec mes idées de sentiments, de conscience, d'entendement, de volonté, une antithèse tranchée, toute semblable à celle du percipere et du percipi chez Berkeley. Sur les premières on pourra édifier une science de la nature, science, il est vrai, toute géométrique et ne requérant que les claires notions d'espace, de mouvement et de repos*. Les secondes composeront les matériaux d'une science de l'âme. Et assurément il n'y a guère à craindre que le philosophe idéaliste ne confonde avec l'objet de la physique Tobjet de la psychologie.

Le reproche de scepticisme n'a pas plus de consistance et Malebranche fit sagement de ne point s'en émouvoir. Aussi bien, appartient-il à ceux qui le lui adressent de faire les fanfarons en fait de dogmatisme? Arnauld et les philosophes qui suivent Descartes à l'aveugle tiennent que nos idées sont des modifications de nos esprits. C'est pour le coup que le pyrrhonisme aurait beau jeu. Des modifications de mon âme ne me disent autre chose qu'elles-mêmes ; au nom de quel principe s'arrogeraient-elles le droit de m'annoncer davantage? Elles ne sauraient, comme telles, me donner la moindre lumière sur cette création à laquelle le commun des hommes se persuade à tort qu'elles correspondent-. De même les cartésiens dénient et avec raison

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