V. suprà, page 126, note
2. « L'idée que vous avez de la créature n'est, dites-vous, qu'une modi- » fication de votre âme. Or cette modification n'est certainement pas l'idée » du créateur sur laquelle il a formé sa créature. Il n'est donc nullement • certain que la chose soit conforme à votre idée, mais seulement que vous » le pensez. Donc votre sentiment établit le Pyrrhonisme, mais le mien le
GEORGES LYON. h\
162 L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVlll" SIECLE
au corps toute puissance d'agir sur l'âme : mais ne se mettent-ils pas ainsi dans Fimpossibilité d'expliquer comment des modalités de ma conscience sont produites par des actions corporelles et annoncent à ma pensée l'existence et l'approche d'une matière* ? S'il est inintelligible que des corps touchent l'âme, ne possédons-nous point en cette inconcevabilité même la preuve que Dieu nous manifeste les réalités matérielles, non en elles, mais en leurs idées?
Avec les prémisses posées par Malebranche, ces fautes de raisonnement ne sont pas à redouter. La connaissance objective n'a plus rien d'une opération contradictoire accomplie grâce à l'union de deux termes hétérogènes miraculeusement soudés l'un à l'autre. Le fait de connaissance a lieu du même au même. L'idéal est contemplé dans le champ de l'intelligible par notre pensée, laquelle n'a et ne peut avoir de commerce qu'avec les idées. L'autre part, ces idées exposent de la création divine un tableau complet et ressemblant, non un douteux fantôme, puisqu'elles sont les exemplaires mêmes et les archétypes qui guidèrent et la volonté et la main de l'Auteur de la nature.
Les personnes superficielles se plaindront sans doute que notre science de l'univers ait là une bien médiocre garantie d'authenticité. Cette défiance est due au préjugé qu'elles entretiennent sur la valeur de nos idées. Les idées? Mais il
. détruit. » Réponse à la IP Lettre posthume d'Arnauld. C'est de l'excellente
dialectique.
1. . Peut-être qu'on pourrait encore, pour embarrasser M. Arnauld, lui . dire que Dieu ne fait rien et qu'il est inutile de créer des corps, puisque . les corps n'agissent point sur les esprits et qu'à proprement parler, Tes- ^ prit ne voit point les corps, mais, selon lui, des modalités représen- . tatives des corps que Dieu seul cause ou peut causer dans les âmes, » sans qu'il y ail aucun corps. » Réponse aux Vraies et anx Fausses Idéss, ch. XXVI.
n'y a rien, se disent-elles, de plus mobile, ondoyant, léger et capricieux 1 Ce sont jouets impondérables, bulles vagabondes, dont s'amuse la fantaisie. Ceux qui pensent de la sorte attachent au mot idées une signification étrangement inexacte. Ils oublient qu'à la différence des fantômes de notre imagination, nos idées ont une existence, une nature, des déterminations qui leur appartiennent en propre*. Ils oublient que, bien loin de se plier aux exigences de notre pensée plastique, c'est cette dernière qui doit s'accommoder de leurs lois inflexibles et se conformer à leurs imprescriptibles conditions. Elles sont si peu notre chose qu'elles opposent à qui les violente une résistance obstinée. Un solide ne défend pas mieux l'espace qu'il occupe contre l'invasion d'un autre solide qu'une notion géométrique sa vérité contre la notion contradictoire. « La terre me ré- » siste », dit Ariste, plaidant l'objectivité du monde matériel. Mais Théodore de lui répondre : « Et mes idées ne me y> résistent-elles point? Trouvez-moi dans un cercle deux >^ diamètres inégaux^ ! )> Du reste il n'en saurait aller autrement. Ces archétypes sont incréés et immuables, par conséquent soustraits à toutes vicissitudes, affranchis de tout devenir ^. La religion les suppose et la morale les invoque*. Ne cherchez point de cause aux idées : «elles » n'en ont point ». Le vouloir divin n'a point prise sur elles. Enfin il y a quelque futilité à rêver au-dessus d'elles un original hypothétique dont elles offriraient les copies : car elles enferment au vrai tout ce que l'on aperçoit en