Ibid
164 LMDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVIIl" SIÈCLE
elles. « Pour moi, je crois qu'à parler exactement et en » rigueur, rien de ce qu'on voit immédiatement n'est re- )) présenté, mais seulement présenté, qu'on ne voit que ce » qui est, que l'idée contient ce qu'on voit en elle, que » c'est précisément ce qu'on voit qui affecte l'âme de son » efficace ^ » Prenez cette déclaration en un sens phénoméniste, vous aurez la proposition fondamentale-lie VEssai sur la Vision et des Dialogues d'Hijlas et de Phi-
lonoûs.
Dès lors nous n'avons plus, ce semble, à balancer et la conclusion s'impose. Une matière, par elle-même étrangère à l'esprit, absente de Dieu ;et de laquelle [la pensée suprême est absente, ne saurait trouver asile dans le système de la Vision en Dieu. Elle y serait une superfluité monstrueuse. Malebranche n'a pas dû, il n'a pas pu s'en embarrasser.
m. Et pourtant il est vrai que ce lourd obstacle obstrua sa doctrine. Malebranche admit l'existence de la matière : à son corps défendant, il faut le reconnaître, et en nous répétant sans cesse que, si elle n'était pas, il n'y aurait nul changement peut-être à l'ensemble perceptible des choses, puisque rien n'empêcherait nos idées de nous montrer ces mêmes objets sous leur apparence actuelle. Fait- il profession de réalisme, sa gêne est aussitôt visible; encore se hâte-t-il presque toujours d'ajouter qu'il ne doit pas être question de démontrer logiquement l'objectivité du monde extérieur-. Dans sa Recherche de la Vérité, alors même
1. Correspondance inédite publiée par Tabbé Blampignon. Lettre au P. Lamy, U janvier (1685).