V. Philosophie première
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de l'association des idées, appelé à de si brillantes destinées philosophiques. On se demande même si Hobbes n'a point pressenti quel parti en pourrait tirer l'empirisme pour la déduction de la notion causale*. L'importance des, signes et le rôle que joue le langage dans l'évolution de rintelligence ont été marqués par lui avec une incomparable netteté. Le mot de Condillac résumerait à merveille ces chapitres de sa logique : « la science n'est qu'une « langue bien faite. » Non, cependant; il faudrait que Condillac eût dit : « la science n'est qu'une arithmétique bien » faite, » puisque, selon le sensualiste anglais, penser et raisonner n'est autre chose qu'additionner, soustraire, multiplier, diviser nos idées, c'est-à-dire au total, les impressions nôtres qui nous viennent des mouvements du dehors. Que Ilobbes se fût avisé de considérer ces mouvements comme non moins subjectifs que les impressions qui en dérivent, et nous avons vu que la rigueur philosophique lui en faisait une obligation, toute cette anatomie de la raison humaine apparaissait sous son véritable jour. La pensée devenait un savant organisme spirituel qui tirait de ses profondeurs, comme l'araignée sa toile, qualités secondes, propriétés premières, mouvement, temps, espace, univers des êtres matériels. Pour s'être placé à l'autre antipode et avoir, au contraire, attribué la valeur d'existences fondamentales aux corps et au mouvement, cet adroit logicien n'a pas rompu le réseau
1. .La cause de la liaison ou conséquence d'une conception à une autre . est leur liaison ou conséquence dans le temps que les conceptions ont été . produites par le sens... Comme dans la sensation la conception de . cause et celle d'effet peuvent se succéder Tune à l'autre, la même chose, . d'après la sensation, peut se faire dans l'imagination et cela arrive pour » l'ordinaire. . . » (Ch. iv, § 2). '
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d'un matérialisme assez grossier. Des corps se meuvent. Ces mouvements produisent en nos organes des apparences, lesquelles, par une véritable transmutation, se dénombrent en nous, se retranchent ou se juxtaposent, de manière à susciter en nos cerveaux des raisonnements, c'est-à-dire des discours, une science, c'est-à-dire un langage. Qui ne voit qu'en cette progression chaque pas exige une solution de continuité; que les intermédiaires manquent et que, pour les remplacer, on installe le miraculeux et l'inintelligible devant chaque terme de la série ? Il nous faut dojic changer du tout au tout notre point de vue de tout à l'heure. Non, ce n'est ni Berkeley ni Collier que Hobbes annonce ; il n'est que le précurseur d'un d'Holbach ou d'un Priestley.
III. Bien que Locke dont la militante vie atteignit les premières années du xviii« siècle ait été en situation de voir percer et croître la philosophie que portaient en germe les Méclilaiions et les Principes, ce n'est évidemment pas en son Essai que nous irons étudier les prodromes de cet avènement. Il passe pour s'être imposé la mission de réfuter Descartes, de biais assurément et non de face : car il ne nomme guère le philosophe français. Nous soupçonnons même qu'il le connaît mal et ce qu'il en combat, c'en est, en réalité, le fantôme. Suivant un mot bien des fois répété, ce qui détermina Locke à entrer en lice, ce fut son aversion pour le système de la Vision en Dieu et il fût demeuré cartésien, si Malebranche n'avait pas écrit. Ce serait donc bien tard qu'il aurait opéré son évolution philosophique, puisque la première édition de la Recherche de la Véynlé, qui révéla au monde le génie métaphysique de Maie-
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branche, ne remonte pas au-delà de 1674-1615. Ajoutons que cette date ne cadre guère avec celle où les historiens •de Locke s'accordent à placer la réunion d'Exeter-House : c'est en 1671 qu'avait eu lieu cet entretien avec cinq ou six amis, dans lequel fut tracé en commun le dessein et concertée la donnée maîtresse du futur Essai sur VEntendement humain. Le brillant causeur d'Exeter-House n'aurait fait, dans tous les cas, qu'un bien mauvais cartésien, à juger de ce qu'il eût été, disciple, par ce qu'on le
vit opposant.
Si, en effet, cette monotone partie d'escrime qui dure pendant plusieurs livres de son Essai a été dirigée, comme tout le monde l'admet, contre la théorie cartésienne des idées innées, il faut avouer que les coups portaient singulièrement à faux. Il continuait en cela le long contresens des brillants champions d'Oxford qui, bien avant lui, avaient combattu la doctrine de l'innéité^ Comme eux, il argumentait exclusivement contre une innéité en acte, inter^prétation que Descartes avait, on a pu s'en convaincre ^ repoussée. Avant même que Leibnitz les eût réfutées, les critiques adressées par VEssai tombaient d'ellesmêmes, par la simple distinction tout aristotélicienne de la puissance et de l'acte, o:/^ âz>.a>; ««^^ov, avait dit, en une occasion de ce genre, le Père de la métaphysique.
Le pis est que cette méconnaissance de l'exacte opinion que Locke décriait ne fût pas toujours inconsciente. A cet égard son traducteur et ami, le sincère Coste nous fait une grosse révélation. Au cours du chapitre xiii de son livre II,
1. V. Charles de Rémusat : Eist. de la j^hil. angl.. t. II, ch. ix.