‹ L'Idéalisme social (volume 3)Chapitre 39 sur 43 · ABSORPTION DE L'ÉTAT DANS LA CITÉ · texte numérisé non relu

ABSORPTION DE L'ÉTAT DANS LA CITÉ

générale de ces associations éparpillées sur tous les points de la Cité.

Rappelons une fois de plus que révolution des phénomènes sociaux et des institutions publiques ne s'accomplit pas d'une manière uniforme, sur un plan rectiligne, et que, pour s'influencer et se déterminer les uns les autres, ils ne vont pas néanmoins spontanément de la même allure. La transformation del'un agitsur l'autre plus ou moins directement; celleci est plus ou moins consécutive à celle-là. D'autre part, il peut se produire des sauts d'évolution, qui franchissent les étapes intermédiaires. Par exemple, le Japon, dont la soudaine assimilation aux institutions de l'Occident et à ses procédés industriels a causé tant de surprises dans le monde, et démoli tant de beaux systèmes sociologiques et ethnologiques, n'a point passé par les degrés intermédiaires de l'évolution politique et économique. Profitant de notre expérience, il nous a emprunté les institutions et les instruments au point de perfection où nous les avions portés. II ne faut donc pas nous étonner si, notamment hors de France, où les établissements d'enseignement public ne sont ^as des moyens de propagande confessionnelle et d'éducation religieuse, des universités libres, constituées par des souscriptions et des donations particulières, peuvent se passer complètement du concours de l'État, et si, dans l'avenir, elles pourront conserver dans la Cité leur pleine indépendance sans avoir été, à aucun moment de leur existence et de leur développement, incorporées à ri^tat. Dans la communauté des biens de l'avenir, l'État se dissoudra précisément dans chacune de ces grandes associations spontanées, dont les unes, aujourd'hui, forment des catégories obligatoires de fonctionnaires salariés de l'État, dont les autres forment des catégories volontaires d'auxiliaires et dont d'autres enfin forment des catégories indépendantes, qui assument la charge de services sociaux importants. Ainsi tombe l'objection faite au régime collectiviste, et à plus forte raison au communisme, de vouloir transformer tous les citoyens en fonctionnaires. D'une part, et dans la période d'organisation, qui peut durer dix ans ou cinq cents ans, il importe peu ici, où sont seulement projetées des vues

sur Tavenir social possible ou seulement probable, cet interfonctionnariat de tous vis-à-vis de tous implique coordination des efforts et solidarité des individus, — et nullement infe'riorilé des fonctions et subordination des individus, — selon une échelle qui irait de l'homme d'équipe et du wagon, qu'il pousse dans la gare, au chef de traction et au cabinet dans lequel il donne des ordres. D'ailleurs, nous Tavons vu, h mesure de l'élargissement de la mentalité générale, et de l'accroissement du concept de. civisme parmi les membres de la Cité, cette idée se précise et se généralise, qu'un fonctionnaire n'est pas le substitut d'un souverain extérieur et supérieur, mais un serviteur du public, placé, dans les limites de ses fonctions, au service de chacun des citoyens qui ont besoia de lui. Nous avons vu aussi que disparaît cet anthropomorphisme qui identifiait si complètement, naguère, l'individu et la fonction, et subordonnait ainsi l'administré à l'administrateur. D'autre part, dans le régime communiste complet, qui est pour nous l'aboutissant inévitable du collectivisme, le caractère même de fonction publique disparaîtra des actes spécialisés, par lesquels chacun apportera son concours à l'œuvre commune ; alors, celui qui dirigera un bureau de statistique, par exemple, sera bien moins un fonctionnaire, et surtout en aura bien moins les allures, qu'un sociétaire actuel de la Comédie-Française.

Quel lien rattachera entre eux ces groupements spontanés, et quelle puissance limitera leurs droits? Ce qui les rattachera entre eux sera précisément ce qui les contiendra dans les limites où leur action devra s'exercer. Ce lien sera la connaissance d'eux-mêmes, de leur utilité, de leurs rapports avec l'ensemble social. Aux impulsions et aux compressions extérieures, que les individus et les groupements du passé subissaient pour que l'ordre régnât entre eux, succéderont les impulsions et les compressions intérieures, dontla science aura donné à tous la connaissance et l'emploi. Sur quels besoins se règle aujourd'hui le patron chapelier, pour la production de ses chapeaux? Sur ses propres besoins de gain, et non sur le besoin qu'ont ses concitoyens de se couvrir la tête. Aussi arrive-t-il qu'il a mal calculé, et que, pour avoir

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